Prévoyance des indépendants

Invalidité de l'indépendant : rentes 2026 et vrais niveaux de couverture

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Mis à jour le 30 septembre 2026

En invalidité totale, un indépendant touche de sa caisse obligatoire entre environ 9 577 €/an (CNBF) et 49 860 €/an (CAVEC classe 4) en 2026 — la plupart des régimes plafonnant sous 2 000 €/mois. Presque tous exigent une capacité réduite d'au moins 66 %, et l'invalidité partielle est très mal couverte : la CARMF, par exemple, ne verse rien en dessous de l'invalidité totale. C'est le risque financier n° 1 du TNS — et le moins assuré.

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Le seuil des 66 % : la barrière quasi générale

Avant de parler montants, une règle domine tout : pour ouvrir droit à une rente obligatoire, il faut dans la plupart des régimes une capacité réduite d'au moins les deux tiers (66 %). C'est le cas à la SSI, à la CARPIMKO, à la CIPAV, à la CAVEC. Concrètement, un indépendant invalide à 40 ou 50 % — incapable d'assurer la moitié de son activité, donc de la moitié de son revenu — ne touche le plus souvent rien de sa caisse. Le régime obligatoire fonctionne presque en tout ou rien, alors que votre perte de revenu, elle, est proportionnelle à l'activité perdue.

Rentes d'invalidité 2026, caisse par caisse

Rentes d'invalidité des régimes obligatoires — barèmes 2026 (montants bruts)
Caisse Invalidité totale Invalidité partielle
SSI (artisans, commerçants) 50 % du revenu moyen : 747 à 2 002,50 €/mois 30 % du revenu moyen : 530,21 à 1 201,50 €/mois (incapacité au métier)
CARPIMKO (infirmiers, kinés…) 20 160 €/an (+ 3 024 €/an par enfant) 10 080 €/an — seulement si invalidité ≥ 66 %, à partir de la 4e année d'incapacité
CARMF (médecins) 23 662 à 31 549 €/an selon le revenu (+ 35 % conjoint, + rente enfant 8 788,52 €/an) Rien. Seule l'invalidité totale et définitive est couverte
CARCDSF (dentistes) 31 824,20 €/an + 9 314,40 €/an par enfant (sages-femmes : 13 460 €/an au barème 2025, dernier publié) Non couverte (incapacité totale exigée)
CIPAV (architectes, ostéopathes…) Forfait + points : exemple officiel 10 121 €/an pour 20 000 € de revenu Rien sous 66 % de réduction de capacité
CAVEC (experts-comptables) 12 465 à 49 860 €/an selon la classe Pension proratisée entre 66 et 100 % d'invalidité
CAVP (pharmaciens) 16 872 €/an (+ 16 872 €/an par enfant, + 8 436 €/an conjoint) Non couverte
CNBF (avocats) La moitié de la retraite de base CNBF entière au taux plein (≈ 9 577 €/an selon notre calcul, à faire confirmer par la caisse), après épuisement des 3 ans d'IJ Non couverte (impossibilité totale d'exercer exigée)
MSA (exploitants agricoles) Inaptitude totale : 50 % du revenu moyen des 3 meilleures années sur les 7 dernières, avec un minimum et un maximum : 7 916,40 à 12 015 €/an (659,70 à 1 001,25 €/mois) Capacité de travail réduite d'au moins 2/3 : 30 % du même revenu, 4 465,68 à 7 209 €/an (372,14 à 600,75 €/mois)
Régime général (présidents SASU) Cat. 2 : 50 % du salaire moyen, max 2 002,50 €/mois ; cat. 3 : + MTP 1 298,44 €/mois Cat. 1 : 30 % du salaire moyen, max 1 201,50 €/mois

Base de calcul SSI et régime général : moyenne des 10 meilleures années plafonnées au PASS (48 060 € en 2026). Un artisan qui gagnait 60 000 € est donc calculé sur 48 060 € au mieux : la rente maximale de 2 002,50 €/mois représente 40 % de son revenu réel.

Le détail complet, caisse par caisse

Chaque régime a ses conditions, ses majorations, ses pièges de procédure et ses zones grises. Nous les avons documentés un par un, aux barèmes 2026 vérifiés sur les sources officielles :

L'invalidité partielle : le grand angle mort

Relisez la colonne de droite du tableau : c'est elle qui devrait vous inquiéter. Les invalidités totales et définitives ne sont qu'une partie des cas ; les invalidités partielles — un dos qui ne supporte plus les journées complètes, une main qui a perdu sa précision, une fatigue chronique qui divise l'activité par deux — sont celles que les caisses couvrent le moins. Or :

  • La CARMF ne verse rien tant que le médecin n'est pas en invalidité totale et définitive ;
  • La CARPIMKO conditionne même sa rente « partielle » à un taux de 66 % ;
  • La CIPAV, la CAVP, la CNBF, la CARCDSF n'indemnisent pas l'invalidité partielle ;
  • La SSI, la MSA et le régime général versent une pension dite « partielle » (30 % du revenu moyen plafonné), mais elle exige elle aussi une capacité de travail réduite d'au moins deux tiers : « partielle » veut dire appréciée par rapport au métier (SSI) ou compatible avec une activité réduite, pas versée entre 33 et 66 %. Parmi les 14 régimes obligatoires que nous suivons, seule la CAVAMAC (agents généraux d'assurance) indemnise une invalidité de 33 à 66 %, par une pension égale à 3n/2 de la pension totale (n = taux d'invalidité).

Perdre 30 à 60 % de sa capacité de travail, c'est précisément le cas où la majorité des caisses de libéraux versent 0 €. C'est l'argument central en faveur d'une rente invalidité privée, avant même le niveau des rentes totales.

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Le risque financier n° 1 : des décennies de revenu en jeu

Le chiffre clé

Une invalidité totale à 45 ans, pour un revenu de 50 000 €/an, représente jusqu'à 1 000 000 € de revenus perdus d'ici 65 ans. La meilleure rente obligatoire du tableau (49 860 €/an, CAVEC classe 4) est l'exception : la plupart des caisses versent moins de 24 000 €/an.

Comparez les trois risques de la prévoyance. Un arrêt de travail dure des semaines ou des mois : douloureux, rarement ruineux. Un décès déclenche un capital, et le besoin de la famille est borné. L'invalidité combine les deux : la perte de revenu d'un arrêt, prolongée jusqu'à la retraite, avec souvent des charges de santé et d'adaptation en plus. C'est pourtant la garantie la moins regardée à la souscription : le montant des IJ est souvent discuté, la rente invalidité beaucoup moins, alors qu'elle mérite au moins autant d'attention.

Comment les contrats privés calculent la rente : T/66 et barèmes

Les contrats de prévoyance privés comblent deux failles du régime obligatoire : ils indemnisent dès 33 % d'invalidité (et non 66 %), et ils versent une rente proportionnelle. La formule la plus répandue :

  • T ≥ 66 % : rente pleine (le montant souscrit, par exemple 30 000 €/an) ;
  • 33 % ≤ T < 66 % : rente réduite = rente pleine × T / 66 ;
  • T < 33 % : rien.

Exemple : rente souscrite 30 000 €/an, taux T = 50 % → 30 000 × 50/66 ≈ 22 727 €/an. Toute la question est alors : comment T est-il évalué ? Barème fonctionnel (droit commun), professionnel (par rapport à VOTRE métier) ou croisé — pour un chirurgien ou un artisan, cette clause vaut plus que le montant de la rente. Lisez notre page dédiée : invalidité professionnelle ou fonctionnelle, la clause décisive.

Exemple calculé : Marc, médecin généraliste, 45 ans

Marc, 45 ans, généraliste libéral (CARMF), BNC de 90 000 €/an. Un AVC lui laisse des séquelles : il ne peut plus assurer que des demi-journées. Invalidité évaluée à 50 %.

Situation de Marc — invalidité 50 %, BNC de référence 90 000 €/an (barèmes 2026)
Poste Calcul Montant
Revenu après invalidité (mi-temps)90 000 × 50 %45 000 €/an
Rente CARMFInvalidité partielle non couverte0 €
Perte annuelle90 000 − 45 00045 000 €/an
Perte cumulée jusqu'à 62 ans45 000 × 17 ans765 000 €
Avec un contrat privé (rente 45 000 €/an, barème professionnel)45 000 × 50/66≈ 34 091 €/an, soit ≈ 580 000 € cumulés

Sans contrat privé, Marc perd les trois quarts d'un million d'euros. Avec une rente invalidité au barème professionnel, il en récupère environ 580 000 €. Le coût d'une prévoyance complète, à faire chiffrer sur votre âge et vos garanties, se relit autrement à la lumière de ce calcul. Mesurez votre propre exposition avec le simulateur et le reste à vivre en arrêt.

Quand la couverture obligatoire peut suffire

Trois situations relativisent le besoin. Fin de carrière : à 60 ans, l'espérance de rente privée est courte et les cotisations élevées — l'arbitrage penche vers l'épargne. Petits revenus proches des plafonds obligatoires : un artisan à 22 000 €/an est déjà couvert à 50 % par la SSI en invalidité totale ; la priorité est plutôt la garantie partielle et les IJ. Patrimoine constitué : si vos revenus locatifs couvrent vos charges, l'invalidité est un risque de niveau de vie, plus un risque de survie. Pour tous les autres — libéraux à revenus moyens ou élevés, CARMF et caisses sans garantie partielle en tête — le trou est béant et aucune trésorerie ne couvre 17 ans.

Questions fréquentes

Quel taux d'invalidité faut-il atteindre pour toucher une rente ?

Dans presque tous les régimes obligatoires d'indépendants, il faut une capacité réduite d'au moins 66 % (les deux tiers) : SSI, CARPIMKO, CIPAV, CAVEC notamment. En dessous de ce seuil, les caisses ne versent rien, à l'exception de la CAVAMAC (agents généraux), qui indemnise dès 33 %. Les contrats privés sont plus souples : ils indemnisent en général dès 33 % d'invalidité, avec une rente proportionnelle.

La pension d'invalidité est-elle cumulable avec un revenu d'activité ?

Partiellement, selon les régimes. La SSI et le régime général permettent de cumuler pension d'invalidité partielle et revenus réduits, dans des limites de ressources. À l'inverse, plusieurs caisses de libéraux (CARMF notamment) exigent la cessation d'activité pour verser la rente d'invalidité totale. Vérifiez les règles précises de votre caisse avant tout projet de reprise partielle.

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Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il rédige et vérifie l’ensemble des contenus de ce site. Il conseille les indépendants et les dirigeants sur leur prévoyance, leur mutuelle et leur assurance de prêt, à partir des barèmes des treize caisses obligatoires.