Prévoyance du président de SASU : l'illusion de l'assimilé salarié
« Assimilé salarié » ne veut pas dire « protégé comme un salarié ». En arrêt maladie, un président de SASU touche 50 % de son salaire plafonné à 1,4 SMIC, soit 42,97 €/jour maximum en 2026 — même à 8 000 €/mois. Son capital décès Sécurité sociale : 4 009 €, forfaitaire. Son assurance chômage : inexistante. Et s'il ne se verse pas de salaire, il n'a droit à rien du tout.
D'où vient l'illusion ?
Le statut d'assimilé salarié est vendu comme le confort social de la SASU : affiliation au régime général, fiche de paie, retraite des cadres. Tout cela est vrai — et pourtant la protection réelle d'un président de SASU est l'une des plus faibles de tous les statuts de dirigeant. Trois mécanismes se cumulent :
- Les IJSS sont plafonnées très bas. Depuis la LFSS 2025, le salaire pris en compte est plafonné à 1,4 SMIC (2 613,83 €/mois). L'IJ maximale est de 42,97 €/j depuis le 1er juillet 2026 (41,95 € de février à juin) — un plafond pensé pour les salaires modestes, appliqué tel quel aux dirigeants.
- Pas de convention collective. Le maintien de salaire employeur, la prévoyance collective obligatoire, la mutuelle d'entreprise : tout cela découle du contrat de travail et des accords collectifs. Un mandataire social seul dans sa société n'en bénéficie d'aucun.
- Pas d'assurance chômage. Le mandat social n'ouvre aucun droit France Travail : pas de cotisation, pas d'allocation, même après des années de salaires. En cas de dépôt de bilan, le président repart de zéro.
Arrêt maladie : le tableau que votre expert-comptable ne vous montre pas
L'IJSS vaut 50 % du gain journalier de base (moyenne des 3 derniers salaires bruts ÷ 91,25), le salaire retenu étant plafonné à 2 613,83 €/mois (1,4 SMIC). Versement à partir du 4e jour (3 jours de carence), 360 IJ maximum sur 3 ans. Concrètement :
| Salaire brut mensuel | Salaire journalier brut | IJSS | Part du salaire couverte |
|---|---|---|---|
| 2 500 € | 82,19 €/j | 41,10 €/j | 50 % |
| 4 000 € | 131,51 €/j | 42,97 €/j (plafond) | 33 % |
| 6 000 € | 197,26 €/j | 42,97 €/j (plafond) | 22 % |
| 8 000 € | 263,01 €/j | 42,97 €/j (plafond) | 16 % |
Dès 2 613,83 € de salaire brut, chaque euro supplémentaire n'est plus couvert du tout. Un président à 8 000 €/mois touche exactement la même indemnité qu'un salarié à 2 600 € — et, paradoxe complet, moins qu'un gérant majoritaire TNS, dont l'IJ SSI monte jusqu'à 65,84 €/j (voir gérant majoritaire ou président de SASU).
42,97 €/jour : l'IJSS maximale d'un président de SASU en 2026, quel que soit son salaire. À 8 000 € bruts/mois, elle couvre 16 % de la rémunération. Le gérant majoritaire TNS, réputé « mal couvert », plafonne lui à 65,84 €/j.
Invalidité et décès : les deux autres angles morts
L'arrêt court n'est que la partie visible. Sur les risques lourds, le régime général de l'assimilé salarié reste calibré sur des salaires plafonnés au PASS :
| Risque | Prestation | Maximum mensuel |
|---|---|---|
| Invalidité catégorie 1 | 30 % du salaire annuel moyen (10 meilleures années plafonnées) | 1 201,50 €/mois |
| Invalidité catégorie 2 | 50 % du salaire annuel moyen | 2 002,50 €/mois |
| Invalidité catégorie 3 | Catégorie 2 + majoration tierce personne (1 298,44 €/mois) | 3 300,94 €/mois |
| Décès | Capital forfaitaire, quel que soit le salaire | 4 009 € (versement unique) |
Le capital décès mérite qu'on s'y arrête : 4 009 €, forfaitaire — moins de la moitié des 9 612 € d'un TNS. Et contrairement à une idée répandue, l'AGIRC-ARRCO ne verse aucun capital décès garanti : uniquement une réversion à 60 % sous conditions et des aides d'action sociale au cas par cas. Pour une famille qui vit du salaire du président, la couverture obligatoire s'arrête là.
Président non rémunéré : zéro droit, y compris les IJ
Beaucoup de créateurs se versent 0 € les premières années (ARE en cours, trésorerie serrée, rémunération en dividendes). Le contrecoup est brutal : les IJSS étant calculées sur les 3 derniers salaires, pas de salaire = pas d'indemnité. Pas de trimestre de retraite non plus, pas de pension d'invalidité, et le capital décès lui-même suppose des droits ouverts au régime général. Un président non rémunéré qui se casse une jambe ou déclare un cancer n'a aucun revenu de remplacement — c'est le profil pour lequel la prévoyance individuelle devient une nécessité de base. Même logique pour la santé : voir la mutuelle du président de SASU.
Exemple : Claire, présidente de SASU, 5 000 € bruts/mois
Claire, 38 ans, dirige seule sa SASU de conseil et se verse 5 000 € bruts/mois (164,38 €/jour). Une hernie discale l'arrête 90 jours :
- IJSS : 87 jours indemnisés × 42,97 € = 3 738,39 € sur le trimestre.
- Salaire qu'elle aurait perçu : environ 15 000 € bruts. Manque à gagner : plus de 11 200 €, pendant que les charges fixes de la société continuent de courir sans production.
- Aucun maintien de salaire : pas de convention collective, pas d'employeur au-dessus d'elle.
- Si l'arrêt débouche sur une invalidité catégorie 2 : au mieux 2 002,50 €/mois, soit 40 % de son salaire brut actuel.
62 % des indépendants et dirigeants déclarent qu'ils ne tiendraient pas plus d'un mois sur les seules prestations obligatoires (baromètre MetLife/CSA 2026). Chiffrez votre cas : simulateur d'IJ puis reste à vivre en arrêt.
Les solutions : individuelle, collective, GSC
La prévoyance individuelle — sans Madelin
Premier réflexe, et première déconvenue : la déduction Madelin est réservée aux TNS. L'assimilé salarié n'y a pas droit : un contrat individuel se finance sur le revenu personnel, après cotisations et impôt. Cela reste la solution la plus souple : le contrat vous suit si la société s'arrête, fonctionne même à rémunération nulle ou irrégulière (garanties forfaitaires — voir forfaitaire ou indemnitaire), et se calibre sur votre train de vie réel. Ordre de grandeur : 50 à 100 €/mois pour assurer 2 500 à 5 000 €/mois chez un profil de bureau de 30-40 ans (détails sur prix d'une prévoyance).
Le contrat collectif souscrit par la SASU
La société peut souscrire un contrat de prévoyance d'entreprise couvrant son dirigeant : financement par l'entreprise dans un cadre social et fiscal encadré, garanties souvent exprimées en pourcentage du salaire. C'est la bonne réponse pour organiser un vrai maintien de salaire du dirigeant — à condition d'avoir une rémunération régulière et significative, faute de quoi les garanties proportionnelles au salaire tournent à vide. Rémunération faible ou irrégulière : préférez l'individuelle.
Le chômage : la GSC, à défaut de France Travail
Aucun contrat de prévoyance ne couvre la perte du mandat. Pour ce risque, il existe des assurances privées de type GSC (garantie sociale des chefs d'entreprise), souscrites par la société, qui versent un revenu de remplacement en cas de perte involontaire d'activité. C'est le seul substitut existant à l'assurance chômage du dirigeant.
Faut-il forcément souscrire ? Pas toujours
Notre métier est de vendre de la prévoyance ; notre signature est de dire quand elle peut attendre. Un président de SASU dont la SASU est une activité secondaire à côté d'un emploi salarié couvert, ou qui dispose d'un patrimoine liquide couvrant 12 à 24 mois de train de vie, peut différer la souscription IJ — l'auto-assurance fonctionne pour l'arrêt court. En revanche, l'invalidité (2 002,50 €/mois au mieux) et le décès (4 009 €) ne s'auto-assurent pas avec un livret : si des proches dépendent de vos revenus ou qu'un emprunt repose sur la société, ces deux garanties passent avant tout le reste. Et ne confondez pas ce sujet avec la mutuelle, qui rembourse des soins sans jamais remplacer un revenu : mutuelle ou prévoyance.
Questions fréquentes
La prévoyance est-elle obligatoire pour un président de SASU ?
Non. Aucune loi ne l'impose, et un mandataire social seul n'est couvert par aucune convention collective : ni maintien de salaire, ni prévoyance collective obligatoire. Sans contrat volontaire, la seule couverture est la Sécurité sociale — IJ plafonnées à 42,97 €/j en 2026.
Un président de SASU non rémunéré a-t-il des droits ?
Pratiquement aucun : les IJSS valent 50 % du salaire des 3 derniers mois — sans salaire, 0 €. Ni IJ, ni pension d'invalidité, ni trimestres de retraite au titre du mandat. La prévoyance individuelle est alors la seule protection possible.
Le président de SASU cotise-t-il au régime général ?
Oui, dès qu'il se verse un salaire : maladie, invalidité, décès, retraite. Mais il ne cotise pas à l'assurance chômage — le mandat social n'ouvre aucun droit France Travail. Assimilé salarié ne veut pas dire protégé comme un salarié.
Prévoyance individuelle ou contrat collectif d'entreprise : que choisir ?
L'individuelle se paie sur le revenu personnel (pas de Madelin pour l'assimilé salarié) mais suit le dirigeant et fonctionne même sans salaire. Le collectif est financé par la SASU dans un cadre encadré, mais exige une rémunération régulière et cesse avec le mandat. Rémunération faible ou irrégulière → individuelle.
Un président de SASU a-t-il un maintien de salaire en arrêt maladie ?
Non : le maintien de salaire est réservé aux salariés sous contrat de travail. Un mandataire ne touche que les IJSS (max 42,97 €/j). La société peut organiser un maintien via un contrat de prévoyance d'entreprise, mais rien n'est automatique.
Pour passer du barème au choix du contrat : Comparatif : ce qu'un contrat de président de SASU doit combler.
Votre trou de couverture, chiffré sur votre salaire réel
IJSS plafonnées, invalidité, capital décès : le simulateur mesure l'écart entre vos droits réels et votre rémunération de président.
Calculer mes indemnités Parler à un courtierSources
- Éditions Tissot — IJSS maximales 2026 — consulté en août 2026.
- LégiSocial — Revalorisation IJSS juillet 2026 — consulté en août 2026.
- ameli.fr — Capital décès — consulté en août 2026.
- previssima.fr — Pension d'invalidité du régime général — consulté en août 2026.
- Le Coin des Entrepreneurs — Chômage du président de SASU — consulté en août 2026.
- Baromètre Prévoyance TNS MetLife France / Institut CSA 2026 — consulté en août 2026.