Gérant majoritaire ou président de SASU : quelle protection sociale ?

Le gérant majoritaire cotise environ 45 % de son revenu net, le président de SASU 65 à 80 %. Et pourtant, en arrêt de travail, le TNS touche jusqu'à 65,84 €/jour quand l'assimilé salarié plafonne à 42,97 €/jour. Capital décès : 9 612 € contre 4 009 €. Aucun des deux n'a droit au chômage. Seul le gérant peut déduire sa prévoyance en Madelin. Autrement dit : le statut réputé « bien protégé » est le plus cher et le moins indemnisé.

Deux régimes, une confusion tenace

Le gérant majoritaire de SARL ou d'EURL est travailleur non salarié : il relève de la Sécurité sociale des indépendants, sans fiche de paie ni convention collective. Le président de SASU est « assimilé salarié » : régime général, bulletin de paie, retraite des cadres. Le second passe pour le statut confortable, le premier pour le statut au rabais.

C'est faux sur presque tous les postes de la prévoyance. « Assimilé salarié » décrit un rattachement administratif, rien de plus. Le président de SASU n'a ni convention collective, ni employeur au-dessus de lui, ni prévoyance collective obligatoire, ni assurance chômage : il paie les cotisations du salarié sans en avoir les protections annexes. Le tableau ci-dessous met les deux régimes côte à côte, barèmes 2026.

Protection sociale obligatoire 2026 : gérant majoritaire (TNS) contre président de SASU (assimilé salarié)
CritèreGérant majoritaire — SSIPrésident de SASU — régime général
Coût social45 % du revenu net65 à 80 % du net versé (part salariale + patronale)
IJ maladie1/730e du revenu moyen 3 ans, plafonné au PASS → 65,84 €/j max50 % du brut plafonné à 1,4 SMIC (2 613,83 €/mois) → 42,97 €/j max
Carence et durée3 jours, versement dès le 4e jour, 360 IJ sur 3 ans3 jours, versement dès le 4e jour, 360 IJ sur 3 ans
IJ nulle si…Revenu annuel moyen < 4 582 €Aucun salaire versé (dirigeant non rémunéré) → 0 €
Invalidité partielle / cat. 130 % du revenu moyen : 530,21 à 1 201,50 €/mois30 % du salaire annuel moyen : max 1 201,50 €/mois
Invalidité totale / cat. 250 % du revenu moyen : 747 à 2 002,50 €/mois50 % du salaire annuel moyen : max 2 002,50 €/mois
Tierce personne / cat. 3Majoration 1 298,44 €/moisCat. 2 + 1 298,44 € → max 3 300,94 €/mois
Capital décès9 612 € (20 % du PASS) + 2 403 € par enfant4 009 € forfaitaires, quel que soit le salaire
Rentes conjoint / éducationAucuneAucune (réversion AGIRC-ARRCO 60 % sous conditions)
RetraiteBase SSI plafonnée au PASS + complémentaire RCI en pointsBase régime général plafonnée au PASS + AGIRC-ARRCO en points
ChômageAucun droit au titre du mandatAucun droit au titre du mandat
Déduction MadelinOui — article 62 du CGINon
DividendesSoumis à cotisations TNS au-delà de 10 % du capital, sans créer de droitsHors cotisations sociales, mais ne créent aucun droit non plus
Le chiffre clé

65,84 € contre 42,97 €. Le TNS, réputé mal couvert, est indemnisé 53 % de plus que l'assimilé salarié en arrêt de travail — pour un coût social inférieur d'environ 20 à 35 points. Le paradoxe tient à un seul mécanisme : le salaire de référence du régime général est plafonné à 1,4 SMIC depuis 2025, celui du TNS au PASS, soit 48 060 €.

Le paradoxe des indemnités journalières

Les deux régimes utilisent la même carence (3 jours) et la même durée maximale (360 IJ sur 3 ans). Tout se joue sur le plafond du revenu de référence. Le TNS voit sa rémunération retenue jusqu'à 48 060 € par an ; le président de SASU jusqu'à 2 613,83 € bruts par mois, soit 31 366 € par an. Résultat : à partir d'environ 31 400 € de rémunération, le président a atteint son plafond, tandis que le gérant continue de progresser jusqu'à 48 060 €.

Ce plafonnement à 1,4 SMIC, abaissé depuis 1,8 SMIC par la LFSS 2025, a été conçu pour les salaires modestes. Appliqué à des dirigeants, il produit une situation absurde : un président de SASU à 8 000 € bruts par mois touche exactement la même IJ qu'un salarié au SMIC majoré — 42,97 €, soit 16 % de sa rémunération.

Invalidité, décès, retraite, chômage

Invalidité : match nul par le haut, écart par le bas

Les deux régimes plafonnent au même endroit : 1 201,50 €/mois en catégorie 1 ou incapacité partielle, 2 002,50 €/mois en catégorie 2 ou invalidité totale. La SSI garantit en plus un plancher (530,21 € et 747 €/mois) que le régime général n'offre pas dans les mêmes termes. Mais dans les deux cas, un dirigeant à 100 000 € de revenu tombe à moins de 25 % de son train de vie — c'est le vrai angle mort commun aux deux statuts, développé sur notre page invalidité du TNS.

Décès : 9 612 € contre 4 009 €

Le gérant majoritaire laisse 9 612 € à ses ayants droit (20 % du PASS), majorés de 2 403 € par enfant à charge. Le président de SASU laisse 4 009 € forfaitaires — moins de la moitié — et l'AGIRC-ARRCO ne verse aucun capital décès garanti, contrairement à une croyance répandue chez les dirigeants « cadres ». Aucun des deux régimes ne prévoit de rente de conjoint ni de rente éducation. Sur ce poste, les deux statuts sont insuffisants ; l'un l'est simplement deux fois plus.

Retraite : la seule vraie victoire de la SASU

Les régimes de base sont construits sur la même logique et le même plafond (le PASS) : à rémunération égale, les droits de base sont voisins. L'écart se fait sur la complémentaire. Le président de SASU cotise à l'AGIRC-ARRCO avec des taux nettement supérieurs à ceux du régime complémentaire des indépendants : il accumule donc plus de points, pour un coût social plus élevé. C'est un arbitrage : la sur-cotisation d'aujourd'hui achète la pension de demain.

Deux nuances qui comptent plus que le régime lui-même : un gérant qui se paie majoritairement en dividendes n'acquiert ni trimestres ni points, ce qui annule l'avantage supposé de sa faible cotisation ; et le PER est ouvert aux deux statuts, avec un plafond de 10 % du bénéfice majoré de 15 % de la fraction comprise entre 1 et 8 PASS, soit de 4 806 € à 88 911 € en 2026.

Chômage : zéro des deux côtés

Aucun des deux statuts n'ouvre de droits à France Travail au titre du mandat social : pas de cotisation, pas d'allocation, même après quinze ans de rémunération. Les deux dirigeants sont logés à la même enseigne et n'ont, pour ce risque, que des solutions privées de type GSC souscrites par la société.

Madelin : la seule asymétrie fiscale, et elle est décisive

Le gérant majoritaire relève de l'article 62 du CGI : ses cotisations de prévoyance et de santé sont déductibles de son revenu imposable, dans la limite de 3,75 % du revenu + 7 % du PASS (3 364,20 € de forfait en 2026), avec un plafond global de 11 534,40 €. Conditions : être à jour de ses cotisations obligatoires et souscrire un contrat de groupe ; en contrepartie, les prestations sont imposables à l'IR.

Le président de SASU n'y a pas droit. Son contrat individuel se paie sur le revenu net, après cotisations et après impôt. Il lui reste la voie du contrat collectif souscrit par la société, dans un cadre social et fiscal encadré — c'est la bonne réponse pour organiser un vrai maintien de salaire du dirigeant, à condition d'avoir une rémunération régulière. À rémunération faible ou irrégulière, le collectif tourne à vide et l'individuel s'impose.

Le vrai calcul : combien coûte l'équivalence ?

Comparer les régimes obligatoires ne suffit pas. La bonne question est : combien faut-il ajouter de chaque côté pour être couvert au même niveau ? Hypothèses communes aux deux cas ci-dessous : revenu professionnel annuel soumis à cotisations (rémunération de gérance article 62 pour l'un, salaire brut pour l'autre), objectif de garantir 100 % du revenu journalier en arrêt de travail, profil de bureau 35-45 ans, garanties IJ + invalidité + décès. Le tarif de référence est calé sur un exemple de marché relevé (3 333 €/mois assurés facturés 56 à 76 €/mois), soit 16,80 à 22,80 € par tranche de 1 000 €/mois de garantie. Ordres de grandeur, à affiner par un devis.

Cas type 1 — revenu de 40 000 €/an (3 333,33 €/mois, 109,59 €/jour)
ÉtapeGérant majoritaire (TNS)Président de SASU
IJ du régime obligatoire40 000 ÷ 730 = 54,79 €/jPlafond atteint : 42,97 €/j
Sur 90 jours d'arrêt (87 IJ)4 766,73 €3 738,39 €
Trou journalier54,80 €/j66,62 €/j
Garantie à souscrire1 666,83 €/mois2 026,36 €/mois
Prime indicative28,00 à 38,00 €/mois34,04 à 46,20 €/mois
MadelinDéductible (disponible : 4 864,20 €)Non déductible
Coût net après IR (TMI 30 %)19,60 à 26,60 €/mois34,04 à 46,20 €/mois
Sur un an235,20 à 319,20 €408,48 à 554,40 €

Écart réel : 173,28 à 235,20 € par an. Le président de SASU paie environ 1,74 fois plus cher pour la même protection, parce qu'il part de plus bas et qu'il paie sa prime en net d'impôt.

Cas type 2 — revenu de 100 000 €/an (8 333,33 €/mois, 273,97 €/jour)
ÉtapeGérant majoritaire (TNS)Président de SASU
IJ du régime obligatoirePlafond PASS : 65,84 €/jPlafond 1,4 SMIC : 42,97 €/j
Part du revenu couverte24 %16 %
Trou journalier208,13 €/j231,00 €/j
Garantie à souscrire6 330,62 €/mois7 026,25 €/mois
Prime indicative106,35 à 144,34 €/mois118,04 à 160,20 €/mois
MadelinDéductible (disponible : 7 114,20 €)Non déductible
Coût net après IR (TMI 41 %)62,75 à 85,16 €/mois118,04 à 160,20 €/mois
Sur un an753,00 à 1 021,92 €1 416,48 à 1 922,40 €

Écart réel : 663,48 à 900,48 € par an, soit un rapport de 1,88. À retenir : même dans le cas le plus défavorable, l'écart annuel de coût entre les deux statuts reste inférieur à 1 000 € — l'équivalent de quelques jours de chiffre d'affaires. C'est très peu au regard des montants qui séparent réellement une SARL d'une SASU sur le plan fiscal. Chiffrez votre situation avec le simulateur d'IJ et le calculateur de plafond Madelin.

Ne choisissez jamais votre statut sur la protection sociale

C'est notre conclusion, et elle va contre l'intérêt commercial d'un courtier en prévoyance. La protection sociale obligatoire ne doit pas arbitrer le choix entre SARL et SASU, pour une raison simple : l'écart entre les deux se comble pour 173 à 900 € par an. Trois sujets pèsent bien plus lourd :

  • La fiscalité des dividendes. En SASU, ils échappent aux cotisations sociales (prélèvement forfaitaire unique : 12,8 % d'impôt plus les prélèvements sociaux). En SARL, la fraction dépassant 10 % du capital social, des primes d'émission et des sommes en compte courant est soumise aux cotisations TNS. Sur une société distribuant 60 000 €, l'écart annuel se chiffre en dizaines de milliers d'euros — un ordre de grandeur sans commune mesure avec 900 € de prime.
  • La retraite complémentaire. Les points AGIRC-ARRCO acquis par le président de SASU se cumulent sur toute une carrière. C'est le seul poste où la sur-cotisation du statut assimilé salarié achète quelque chose de tangible.
  • La cessibilité et l'entrée d'investisseurs. Cession d'actions de SAS contre cession de parts de SARL, agrément, pactes, BSPCE : si vous envisagez de lever ou de vendre, la forme sociale décide, avant toute considération d'indemnités journalières.

Ajoutons un contre-discours symétrique sur la prévoyance elle-même : ni le gérant ni le président n'a besoin d'un contrat maximal si son activité est secondaire à côté d'un emploi salarié couvert, ou s'il dispose d'une épargne liquide couvrant 12 à 24 mois de train de vie. Dans ce cas, l'arrêt court s'auto-assure. L'invalidité (2 002,50 €/mois au mieux) et le décès (9 612 € ou 4 009 €) ne s'auto-assurent jamais. Et rappelons que la mutuelle rembourse des soins sans remplacer un revenu : mutuelle ou prévoyance ?.

Questions fréquentes

Qui est le mieux indemnisé en arrêt de travail, le gérant majoritaire ou le président de SASU ?

Le gérant majoritaire, contre toute attente. Son indemnité journalière SSI atteint 65,84 € par jour en 2026, contre 42,97 € au maximum pour le président de SASU, dont le salaire de référence est plafonné à 1,4 SMIC. Sur un arrêt de 90 jours, l'écart atteint 1 028,34 € en faveur du TNS à revenu égal de 40 000 €. Le statut réputé le mieux protégé est le moins bien indemnisé.

Le président de SASU peut-il déduire sa prévoyance en Madelin ?

Non. La déduction Madelin est réservée aux travailleurs non salariés au régime réel et aux gérants relevant de l'article 62 du CGI. Le président de SASU, assimilé salarié, finance son contrat individuel sur son revenu personnel après cotisations et impôt. Il lui reste la voie du contrat collectif souscrit et financé par la société, qui suppose une rémunération régulière et cesse avec le mandat.

Le président de SASU a-t-il droit au chômage ?

Non, et le gérant majoritaire non plus. Le mandat social n'ouvre aucun droit à l'assurance chômage : pas de cotisation, pas d'allocation, quel que soit le nombre d'années de rémunération. Sur ce point, les deux statuts sont strictement identiques. Le seul substitut est une assurance privée de type GSC souscrite par la société.

Quel capital décès pour un gérant majoritaire et pour un président de SASU ?

9 612 € pour le gérant majoritaire en 2026, soit 20 % du PASS, plus 2 403 € par enfant à charge. 4 009 € forfaitaires pour le président de SASU, quel que soit son salaire. Dans les deux cas, aucune rente de conjoint ni rente éducation obligatoire : l'AGIRC-ARRCO ne garantit aucun capital décès, seulement une réversion de 60 % sous conditions.

Faut-il changer de statut pour améliorer sa protection sociale ?

Presque jamais. Sur l'arrêt de travail et le décès, le TNS est déjà devant ; sur l'invalidité, les deux régimes plafonnent au même niveau de 2 002,50 € par mois. L'écart réel de couverture se comble pour 173 à 900 € par an de prime complémentaire selon le revenu. Un changement de statut se décide sur la fiscalité des dividendes, la retraite complémentaire et la cessibilité de la société, bien plus que sur la protection sociale.

Combien coûte une prévoyance équivalente dans chaque statut ?

À 40 000 € de revenu, combler l'écart avec son revenu réel coûte de l'ordre de 28 à 38 € par mois au gérant majoritaire et de 34,04 à 46,20 € au président de SASU. Après déduction Madelin à 30 % de tranche marginale, le coût net du gérant tombe à 19,60 à 26,60 € par mois : le président paie environ 1,74 fois plus cher pour une couverture identique. À 100 000 € de revenu, le rapport monte à 1,88.

Comparez sur vos propres chiffres

Le simulateur applique le barème SSI ou régime général selon votre statut et chiffre l'écart avec votre revenu réel.

Calculer mes indemnités Parler à un courtier