Maintien de salaire du dirigeant : quelles solutions par statut ?

Un dirigeant ne bénéficie d'aucun maintien de salaire automatique : le mandat social n'est pas un contrat de travail et ne relève d'aucune convention collective. En arrêt, il ne touche que les indemnités de son régime obligatoire — au maximum 65,84 €/jour pour un gérant majoritaire TNS, et 42,97 €/jour pour un président de SASU assimilé salarié (arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026), après 3 jours de carence. Sur une rémunération de 6 000 €/mois, cela représente environ 1 289 € pour un mois d'arrêt : il manque 4 711 €, soit 79 % du revenu. Un président non rémunéré, lui, ne perçoit rien du tout.

0 jourde maintien de salaire pour un mandataire social : aucune convention collective ne s'applique
65,84 €/jindemnité maximale d'un TNS affilié à la SSI, dès le 4e jour
42,97 €/jindemnité maximale d'un assimilé salarié depuis le 1er juillet 2026

Pourquoi aucun maintien de salaire ne s'applique au dirigeant

Le maintien de salaire d'un salarié en arrêt ne vient pas de la Sécurité sociale. Il vient de deux sources : la loi de mensualisation, qui impose à l'employeur un complément après une ancienneté minimale, et surtout la convention collective de branche, qui l'améliore très largement — jusqu'à 90 ou 100 % du salaire pendant plusieurs mois dans de nombreux secteurs.

Or un dirigeant exerce un mandat social. Il n'a pas de contrat de travail, pas de lien de subordination, et ne relève donc d'aucune convention collective. Aucune obligation légale ni conventionnelle n'impose à la société de lui maintenir sa rémunération. Et une décision d'assemblée qui continuerait à verser la rémunération pendant un arrêt prolongé, sans contrepartie de fonctions effectives, est fragile : elle expose la société à une contestation de la charge, et le dirigeant à une régularisation avec les indemnités journalières perçues.

Conclusion sans détour : si un dirigeant veut un maintien de revenu, il doit l'acheter. Cela s'appelle un contrat de prévoyance.

Ce que verse réellement le régime obligatoire, statut par statut

Protection sociale obligatoire du dirigeant en arrêt de travail, invalidité et décès — barèmes 2026
StatutIndemnités journalièresInvaliditéCapital décèsDéduction fiscale des cotisations privées
Gérant majoritaire de SARL (TNS, SSI) 1/730e du revenu moyen des 3 dernières années, plafonné au PASS → 65,84 €/j max, dès le 4e jour (3 jours de carence), 360 jours sur 3 ans. Aucune indemnité si le revenu moyen est inférieur à 4 582 €. Incapacité partielle au métier : jusqu'à 1 201,50 €/mois. Invalidité totale et définitive : jusqu'à 2 002,50 €/mois. 9 612 € (20 % du PASS) pour un actif ; 2 403 € par enfant orphelin. Aucune rente de conjoint. Oui — loi Madelin : 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS (forfait de 3 364,20 €), dans la limite de 11 534,40 €.
Président de SASU ou de SAS rémunéré (assimilé salarié) 50 % du gain journalier de base, salaire retenu plafonné à 1,4 SMIC (2 613,83 €/mois) → 42,97 €/j max pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026 (41,95 €/j de février à juin 2026), après 3 jours de carence, 360 IJ sur 3 ans. Catégorie 1 : jusqu'à 1 201,50 €/mois. Catégorie 2 : jusqu'à 2 002,50 €/mois. Catégorie 3 : jusqu'à 3 300,94 €/mois. 4 009 € forfaitaires (au 01/04/2026). Aucun capital décès garanti par l'AGIRC-ARRCO. Non — pas de Madelin (réservé aux TNS). Prévoyance individuelle non déductible, ou contrat collectif d'entreprise (voir plus bas).
Président non rémunéré Aucune. Pas de rémunération, pas de cotisation, pas de droit. Aucune au titre du mandat. Aucun au titre du mandat. Aucune. Ni Madelin (pas TNS), ni contrat collectif (pas de rémunération à couvrir).

PASS 2026 : 48 060 €. Le gérant minoritaire ou égalitaire de SARL rémunéré relève du même régime que le président de SAS (assimilé salarié). Aucun de ces statuts n'ouvre de droit à l'assurance chômage au titre du mandat social.

Gérant majoritaire : mieux couvert qu'on ne le croit, et déductible

Contre-intuitif mais vrai : sur l'arrêt de travail, le gérant majoritaire est mieux traité que le président de SASU. Son indemnité est calculée sur un revenu plafonné au PASS, là où le président de SASU est plafonné à 1,4 SMIC, ce qui porte le maximum à 65,84 €/j contre 42,97 €/j — soit 53 % de plus. Son capital décès obligatoire est également plus élevé : 9 612 € contre 4 009 €.

Surtout, il dispose d'un avantage fiscal que l'assimilé salarié n'a pas : relevant de l'article 62 du CGI, il peut déduire ses cotisations de prévoyance au titre de la loi Madelin. L'enveloppe est commune à la santé et à la prévoyance : 3,75 % du bénéfice imposable + 7 % du PASS (3 364,20 € en 2026), dans la limite de 11 534,40 €. Deux conditions à ne pas oublier : être à jour de ses cotisations sociales obligatoires, et accepter la contrepartie — les indemnités journalières et rentes servies par le contrat Madelin sont imposables à l'impôt sur le revenu.

Président de SASU : l'illusion de l'assimilé salarié

C'est le piège le plus coûteux du site. « Assimilé salarié » laisse croire à une protection de salarié. En réalité, le président de SASU cotise au régime général mais son indemnité est calculée sur un salaire plafonné à 1,4 SMIC, soit 2 613,83 €/mois depuis la réforme entrée en vigueur en avril 2025. Résultat : un président rémunéré 6 000 €, 10 000 ou 15 000 € par mois touche exactement la même chose qu'un salarié payé 2 600 € — 42,97 €/jour.

S'ajoutent trois manques : pas de déduction Madelin, un capital décès de 4 009 € seulement, et aucun droit à l'assurance chômage au titre du mandat. La couverture doit donc être achetée intégralement, soit à titre individuel, soit via un contrat collectif d'entreprise.

Président non rémunéré : zéro partout

Situation très fréquente chez les dirigeants qui se versent uniquement des dividendes, ou qui démarrent. Sans rémunération, aucune cotisation n'est appelée au titre du mandat : aucune indemnité journalière, aucune pension d'invalidité, aucun capital décès, aucun trimestre de retraite validé. Le président non rémunéré conserve la prise en charge de ses soins au titre de la protection universelle maladie, mais rien en remplacement de revenu.

Il n'a par ailleurs accès ni au Madelin (réservé aux TNS), ni utilement à un contrat collectif d'entreprise, faute de rémunération à garantir. Sa seule voie est une prévoyance individuelle financée sur son patrimoine privé, avec des garanties exprimées en montants forfaitaires plutôt qu'en pourcentage d'un revenu inexistant. Beaucoup d'assureurs limitent d'ailleurs les capitaux et indemnités accordés en l'absence de revenu déclaré : c'est un point à vérifier avant de bâtir une stratégie 100 % dividendes.

Prévoyance d'entreprise du dirigeant ou prévoyance individuelle ?

Un dirigeant assimilé salarié peut être couvert par un contrat collectif souscrit et financé par sa société. C'est souvent la solution la plus efficace, à condition de respecter un cadre précis.

  • Catégorie objective. Le contrat doit couvrir une catégorie de bénéficiaires définie de manière objective, selon les critères admis par la réglementation (appartenance aux catégories de cadres au sens des textes de branche, tranches de rémunération, etc.). Un contrat taillé pour le seul dirigeant, sans catégorie objective, perd son caractère collectif — et donc son régime social de faveur.
  • Financement par la société. La cotisation patronale est une charge déductible du résultat de l'entreprise.
  • Traitement social. La part patronale est exonérée de cotisations de Sécurité sociale dans la limite de 6 % du PASS + 1,5 % de la rémunération annuelle brute, sans excéder 12 % du PASS, soit 5 767,20 € en 2026 (6 % du PASS = 2 883,60 €). Elle reste soumise à CSG-CRDS ; le forfait social de 8 % ne concerne pas les entreprises de moins de 11 salariés.
  • Traitement fiscal pour le dirigeant. La part patronale de prévoyance est déductible du revenu imposable du bénéficiaire dans la limite de 5 % du PASS (2 403 €) + 2 % de la rémunération annuelle brute, le total ne pouvant excéder 2 % de 8 PASS, soit 7 689,60 € (art. 83, 1° quater du CGI).

La prévoyance individuelle, à l'inverse, ne bénéficie d'aucun de ces avantages pour un assimilé salarié : elle se paie en argent net. Elle garde cependant deux atouts décisifs — elle vous suit quand vous changez de société ou cessez votre mandat, et elle ne dépend d'aucun formalisme collectif. Pour un dirigeant seul, sans salarié, c'est presque toujours le bon choix. Dès qu'il y a une équipe, la question devient celle du contrat collectif de l'entreprise, dans lequel le dirigeant peut s'inclure.

Exemple entièrement calculé : Antoine, 6 000 €/mois

Antoine, 44 ans, se rémunère 6 000 € par mois, soit 72 000 € par an. Voici ce qu'il perçoit selon son statut, pour un arrêt de 90 jours puis pour une année complète.

Antoine, rémunération de 6 000 €/mois : ce que verse le régime obligatoire selon le statut (barèmes 2026)
SituationPrésident de SASU (assimilé salarié)Gérant majoritaire (TNS, SSI)Président non rémunéré
Indemnité journalière42,97 €/j65,84 €/j0 €
Arrêt de 90 jours (87 j indemnisés)3 738,39 € pour 18 000 € de rémunération → manque 14 261,61 €5 728,08 € pour 18 000 € → manque 12 271,92 €0 € → manque 18 000 €
Arrêt d'un an (362 j indemnisés)15 555,14 € pour 72 000 € → manque 56 444,86 €23 834,08 € pour 72 000 € → manque 48 165,92 €0 € → manque 72 000 €
Invalidité (maximum du régime)2 002,50 €/mois (catégorie 2) → manque 3 997,50 €/mois2 002,50 €/mois (invalidité totale) → manque 3 997,50 €/mois0 €
Décès (capital du régime obligatoire)4 009 €9 612 €0 €

Calculs : 90 jours d'arrêt = 3 jours de carence + 87 jours indemnisés ; un an = 362 jours indemnisés. Les indemnités du régime général sont calculées sur un salaire plafonné à 1,4 SMIC (2 613,83 €/mois) et celles de la SSI sur un revenu plafonné au PASS (48 060 €).

Ce qu'il manque, et ce que coûte de le combler. Pour un président de SASU à 6 000 €/mois, le contrat cible garantit typiquement : des indemnités journalières complémentaires d'environ 157 €/j (soit ~4 711 €/mois, en complément des 42,97 € de la Sécurité sociale) après une franchise de 15 ou 30 jours, une rente d'invalidité d'environ 48 000 €/an, et un capital décès de 200 000 à 300 000 € pour la famille. Ordre de grandeur indicatif du coût : 3 à 6 % de la rémunération annuelle garantie pour un assuré de 44 ans en bonne santé, soit environ 2 200 à 4 300 €/an — de 180 à 360 €/mois. Ces fourchettes sont des repères de cadrage, non contractuels : seul un devis avec questionnaire de santé fait foi.

Pour Antoine gérant majoritaire, le même contrat souscrit en Madelin entre dans un disponible fiscal de 3,75 % × 72 000 € + 3 364,20 € = 6 064,20 €, bien supérieur à la cotisation. À une tranche marginale d'imposition de 30 %, une cotisation de 3 000 € revient à 2 100 € nets — les prestations devenant en contrepartie imposables.

Le chiffre clé

79 % : c'est la part de sa rémunération que perd un président de SASU rémunéré 6 000 €/mois dès le premier mois d'arrêt. Il perçoit 1 289 € d'indemnités là où son foyer compte sur 6 000 €. Un gérant majoritaire au même revenu en perd 67 %. Un président non rémunéré en perd 100 %.

Bien paramétrer le contrat : trois réglages qui changent tout

  • La franchise. Un assimilé salarié touche 42,97 €/j dès le 4e jour : une franchise de 15 ou 30 jours réduit sensiblement la prime si la société peut absorber un mois. À l'inverse, un libéral affilié à la CIPAV ne perçoit plus rien après le 90e jour : la logique de franchise et de durée est totalement différente. Voir franchise et délai de carence.
  • Le mode d'indemnisation. Forfaitaire ou indemnitaire : le premier verse le montant garanti quoi qu'il arrive, le second complète jusqu'à un plafond de revenu réel. Le choix est structurant pour un dirigeant dont la rémunération varie — voir forfaitaire ou indemnitaire.
  • Les exclusions. Affections dorsales et psychiques sont les deux premiers motifs d'arrêt long et les deux exclusions les plus fréquentes. Leur rachat est un critère de sélection majeur — voir exclusions dos et psy.

Contre-discours : quand il ne faut pas acheter de maintien de salaire

Trois cas où la dépense se justifie mal :

  • Le foyer a un second revenu confortable et une épargne de précaution. Si votre conjoint couvre les charges fixes et que vous disposez de six mois de trésorerie personnelle, une franchise longue (60 ou 90 jours) suffit largement : vous n'achetez alors que le risque grave, pour beaucoup moins cher.
  • La rémunération est symbolique. Assurer un maintien de 1 000 €/mois coûte des frais de gestion pour un enjeu faible. Concentrez le budget sur l'invalidité et le décès, qui sont les vrais risques de ruine.
  • L'entreprise n'a pas de trésorerie et le dirigeant est seul. Alors la priorité n'est pas le confort de revenu, mais l'événement qui met la clé sous la porte : capital décès pour la famille, et éventuellement une garantie frais généraux permanents pour tenir les charges fixes de la société.

Et une dernière mise en garde : ne confondez pas la protection du dirigeant avec celle de l'entreprise. Un contrat de homme clé verse à la société ; une garantie croisée verse à vos associés. Ces contrats sont utiles, mais aucun ne remplace votre propre maintien de revenu.

Questions fréquentes

Un dirigeant bénéficie-t-il du maintien de salaire en arrêt maladie ?

Non, jamais automatiquement. Le maintien de salaire des salariés découle de la loi de mensualisation et surtout des conventions collectives. Or le mandat social n'est pas un contrat de travail et ne relève d'aucune convention collective : ni un gérant majoritaire, ni un président de SAS ou de SASU ne bénéficient d'un maintien de rémunération. Seuls les régimes obligatoires versent des indemnités journalières, plafonnées à 65,84 €/j pour un travailleur non salarié et à 42,97 €/j pour un assimilé salarié depuis le 1er juillet 2026.

Combien touche un président de SASU en arrêt de travail ?

Au maximum 42,97 € par jour pour les arrêts prescrits depuis le 1er juillet 2026, après trois jours de carence. Le salaire retenu pour le calcul est plafonné à 1,4 SMIC mensuel, soit 2 613,83 € : un président rémunéré 6 000 € par mois perçoit donc exactement la même indemnité qu'un salarié payé 2 600 €, soit environ 1 289 € pour un mois complet d'arrêt.

Un président non rémunéré a-t-il droit aux indemnités journalières ?

Non. Sans rémunération, il n'y a pas de cotisation, donc aucun droit ouvert : ni indemnités journalières, ni pension d'invalidité, ni capital décès, ni validation de trimestres de retraite. Un président de SASU non rémunéré n'a aucune couverture au titre de son mandat, et il ne peut pas non plus déduire de cotisations Madelin puisqu'il n'est pas travailleur non salarié. Sa seule option est une prévoyance individuelle financée sur son patrimoine privé.

Un gérant majoritaire peut-il déduire sa prévoyance en Madelin ?

Oui. Relevant de l'article 62 du CGI, le gérant majoritaire au régime réel peut déduire ses cotisations de prévoyance dans la limite Madelin commune santé et prévoyance : 3,75 % du bénéfice imposable plus 7 % du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit un forfait de 3 364,20 € en 2026, l'ensemble étant plafonné à 11 534,40 €. Contrepartie : les indemnités journalières et rentes versées par le contrat sont imposables à l'impôt sur le revenu.

Prévoyance d'entreprise ou prévoyance individuelle pour un dirigeant assimilé salarié ?

Cela dépend de la présence de salariés. Un contrat collectif d'entreprise permet à la société de financer la couverture et de déduire la cotisation du résultat, avec une exonération de charges sociales sur la part patronale dans la limite de 6 % du plafond annuel de la Sécurité sociale plus 1,5 % de la rémunération, sans excéder 12 % de ce plafond, soit 5 767,20 € en 2026. Mais il faut respecter une catégorie objective de bénéficiaires. Pour un dirigeant seul, sans salarié, une prévoyance individuelle est plus simple et souvent aussi efficace.

Quelle franchise choisir pour la garantie arrêt de travail d'un dirigeant ?

Cela dépend de la trésorerie de l'entreprise et du régime obligatoire. Un assimilé salarié perçoit 42,97 €/j au maximum dès le 4e jour : une franchise de 15 ou 30 jours réduit la prime tout en laissant un reste à charge supportable si la société peut absorber un mois. Un travailleur non salarié bénéficie des indemnités de la Sécurité sociale des indépendants dès le 4e jour, mais un libéral affilié à la CIPAV ou à la CAVP n'a plus rien après le 90e jour : la franchise doit alors être courte et la garantie longue.

Combien vous manque-t-il, exactement ?

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