Franchise et délai de carence en prévoyance : bien choisir (15, 30, 90 jours)
Ne confondez pas les deux : la carence légale de 3 jours est imposée par votre régime obligatoire, la franchise (7, 15, 30, 60 ou 90 jours) est un réglage de votre contrat privé — et c'est lui qui fait le prix. En ordre de grandeur, passer de 15 à 30 jours de franchise maladie réduit la cotisation d'environ 20 à 30 %. La bonne franchise se calcule en une division : trésorerie disponible ÷ charges mensuelles = le nombre de mois que vous tenez seul.
Carence légale et franchise contractuelle : deux mécanismes différents
La carence appartient au régime obligatoire. En 2026, tous les régimes d'indépendants appliquent 3 jours non indemnisés au début de chaque arrêt maladie : SSI, professions libérales (socle CPAM), MSA, régime général des présidents de SASU. Vous ne pouvez ni la négocier ni la racheter auprès de la caisse.
La franchise appartient à votre contrat de prévoyance privé. C'est le nombre de jours d'arrêt pendant lesquels l'assureur ne verse rien, décompté à partir du premier jour d'arrêt. Vous la choisissez à la souscription — et ce choix pèse plus sur votre cotisation que presque tout le reste.
| Critère | Carence légale | Franchise contractuelle |
|---|---|---|
| Qui la fixe | Le régime obligatoire (loi) | Vous, à la souscription |
| Durée | 3 jours (maladie), identique pour tous | 7, 15, 30, 60 ou 90 jours au choix |
| Négociable | Non | Oui — c'est le principal levier de prix |
| Peut différer selon la cause | Non (l'accident du travail MSA déroge : versement dès J4) | Oui : maladie / accident / hospitalisation |
Attention au vocabulaire : dans les contrats, le « délai de carence » désigne parfois aussi le délai d'attente après la souscription (souvent 3 à 12 mois pour la maladie), pendant lequel la garantie n'est pas encore acquise. C'est encore un troisième mécanisme — vérifiez-le dans les conditions générales.
Franchises différenciées : maladie 30 / accident 15 / hospitalisation 3
Les bons contrats n'appliquent pas une franchise unique mais une franchise par cause d'arrêt, notée par exemple « 30/15/3 » :
- Maladie : 30 jours. C'est la cause la plus fréquente, donc la plus chère à assurer court.
- Accident : 15 jours (parfois 0). Un accident est imprévisible et immobilise souvent immédiatement : la franchise courte s'y justifie.
- Hospitalisation : 3 jours (parfois 0). Une hospitalisation objective la gravité : l'assureur accepte d'indemniser presque dès le début.
Ce découpage est presque toujours plus rationnel qu'une franchise unique courte : vous payez la réactivité là où elle sert (accident, hospitalisation) et vous économisez sur la maladie, que votre trésorerie peut absorber quelques semaines.
L'impact sur le prix : pourquoi 15 jours coûtent si cher
Passer d'une franchise maladie de 15 jours à 30 jours réduit la cotisation de la garantie indemnités journalières d'environ 20 à 30 % (ordre de grandeur constaté sur le marché — le tarif exact dépend de l'âge, du métier et du montant assuré).
La raison est statistique : l'immense majorité des arrêts de travail sont courts. En allongeant la franchise, vous sortez de la garantie les sinistres les plus fréquents — ceux qui coûtent le plus à l'assureur en frais de gestion et en versements. C'est pour cela que la baisse de prix est forte entre 15 et 30 jours, et encore très marquée entre 30 et 90 jours. À l'inverse, une franchise très courte (7 jours) fait flamber la prime pour couvrir un risque que votre trésorerie couvre déjà, dans la plupart des cas, sans douleur.
La règle de choix : votre trésorerie divisée par vos charges
La bonne franchise ne se choisit pas au feeling. Elle se calcule :
Nombre de jours tenables = trésorerie disponible ÷ charges journalières incompressibles (charges personnelles + charges professionnelles qui continuent de tomber pendant l'arrêt : loyer du local, URSSAF, cotisations de caisse, assurances, emprunts).
- Chiffrez ce qui continue de sortir chaque mois quand vous ne travaillez pas — notre simulateur de reste à vivre en arrêt fait ce calcul avec les barèmes de votre caisse.
- Déduisez ce que votre régime obligatoire verse déjà (voir le baromètre IJ).
- Divisez votre trésorerie réellement mobilisable par le manque quotidien : vous obtenez votre autonomie en jours.
- Prenez la franchise immédiatement inférieure à cette autonomie. Jamais supérieure.
Franchise absolue ou relative : le piège de la rechute
Deux clauses changent radicalement ce que vous touchez réellement :
- Franchise absolue (le standard du marché) : les jours de franchise ne sont jamais indemnisés, quelle que soit la durée de l'arrêt. Et par défaut, elle se réapplique à chaque nouvel arrêt.
- Franchise relative (rare, plus chère) : si l'arrêt dépasse la franchise, l'assureur indemnise rétroactivement depuis le premier jour.
Le vrai piège est la rechute. Vous reprenez après 2 mois d'arrêt, vous retombez 3 semaines plus tard pour la même pathologie : avec une franchise absolue sans clause de rechute, vous repartez de zéro — 30 ou 90 jours à nouveau sans indemnités. Cherchez dans les conditions générales la clause qui indemnise sans nouvelle franchise toute rechute survenant dans un délai donné après la reprise (souvent 2 à 6 mois selon les contrats). Certaines caisses appliquent la même logique : la CARCDSF reprend ses versements sans nouvelle carence de 90 jours si la rechute pour la même pathologie survient dans l'année.
Caisses à relais J91 : le cas où 90 jours de franchise est le bon choix
Pour les professions libérales CNAVPL (CARPIMKO, CARMF, CARCDSF, CAVEC…), la CPAM verse déjà des IJ du 4e au 90e jour : 1/730e du revenu moyen, soit 26,33 à 197,51 €/j en 2026. La caisse ne prend le relais qu'au 91e jour — 55,44 €/j à la CARPIMKO, 113,22 €/j à la CARCDSF (dentistes), 130 €/j à la CAVEC.
Conséquence pro-consommateur qu'on vous dit rarement : payer une franchise 15 jours revient souvent à assurer des jours déjà couverts par la CPAM. Pour un libéral dont les IJ CPAM approchent son revenu réel et qui dispose de réserves, la franchise 90 jours — calée exactement sur le relais de la caisse — est le choix économique rationnel : le contrat privé n'intervient qu'au moment où la couverture obligatoire décroche vraiment. C'est aussi vrai pour la CIPAV et la CAVP, qui ne versent rien du tout après le 90e jour : là, la franchise 90 jours est même le réglage qui concentre le budget exactement sur le trou.
Deux réserves : ce raisonnement suppose des IJ CPAM suffisantes par rapport à vos charges (un jeune libéral à faible revenu touche près du plancher de 26,33 €/j), et une trésorerie capable d'encaisser 3 mois de baisse de revenu. Sinon, restez sur 30 jours.
Exemple calculé : Karim, électricien, 38 ans
Karim, 38 ans, électricien à son compte (SSI), revenu annuel moyen 38 000 €. Ses charges incompressibles (famille + local + cotisations + emprunt du camion) : 3 200 €/mois, soit environ 105 €/j. Sa trésorerie mobilisable : 2 500 €.
| Étape | Calcul | Résultat |
|---|---|---|
| IJ SSI (dès J4) | 38 000 ÷ 730 | 52,05 €/j |
| Manque quotidien | 105 − 52,05 | ≈ 53 €/j |
| Autonomie de trésorerie | 2 500 ÷ 53 | ≈ 47 jours |
| Franchise retenue | Palier inférieur à 47 jours | 30 jours maladie (accident 15 j, hospitalisation 3 j) |
En franchise 15 jours, le même contrat lui aurait coûté de l'ordre de 20 à 30 % de plus sur la garantie IJ — pour couvrir des jours que sa trésorerie absorbe. À l'inverse, une franchise 90 jours l'aurait exposé 6 semaines au-delà de son autonomie réelle. Le réglage 30/15/3 est son point d'équilibre. Faites votre propre calcul avec le simulateur d'IJ.
Quand la franchise courte est de l'argent jeté
Si vous disposez de 6 à 12 mois de charges d'avance, ne payez pas une franchise 15 jours : un arrêt court ne vous mettra jamais en danger, et l'économie réalisée sur la cotisation (souvent plusieurs centaines d'euros par an) finance une meilleure rente invalidité — le risque qui, lui, peut vous coûter des décennies de revenu. La prévoyance sert à couvrir ce qui peut vous ruiner. Et rappel : le choix forfaitaire ou indemnitaire de votre contrat pèse aussi — voir forfaitaire ou indemnitaire et le prix d'une prévoyance.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre carence et franchise en prévoyance ?
La carence est imposée par le régime obligatoire : 3 jours sans indemnités au début de chaque arrêt maladie (SSI, libéraux, MSA, régime général). La franchise est un paramètre que vous choisissez dans votre contrat privé : le nombre de jours (7, 15, 30, 60 ou 90) pendant lesquels l'assureur ne verse rien. La première ne se négocie pas, la seconde détermine directement votre cotisation.
Quelle franchise choisir pour une prévoyance TNS ?
Divisez votre trésorerie disponible par vos charges mensuelles incompressibles (personnelles et professionnelles) : le résultat, en mois, vous dit combien de temps vous tenez sans revenu. Choisissez la franchise immédiatement inférieure. Exemple : 2 500 € de trésorerie pour 53 € de manque quotidien = 47 jours de tenue, donc franchise 30 jours en maladie.
Combien coûte une franchise plus courte ?
En ordre de grandeur, passer d'une franchise 15 jours à 30 jours réduit la cotisation d'environ 20 à 30 % sur la garantie indemnités journalières. Passer de 30 à 90 jours la réduit encore fortement, car la majorité des arrêts sont courts : l'assureur élimine les sinistres les plus fréquents.
Qu'est-ce qu'une franchise absolue en cas de rechute ?
Avec une franchise absolue, les jours de franchise ne sont jamais indemnisés et la franchise se réapplique en principe à chaque nouvel arrêt. Si vous rechutez 3 semaines après une reprise, un contrat sans clause de rechute vous fait repartir de zéro. Les bons contrats prévoient qu'une rechute survenant dans un délai donné (souvent 2 à 6 mois) est indemnisée sans nouvelle franchise. Votre caisse peut faire de même : la CARCDSF reprend le versement sans nouvelle carence de 90 jours si la rechute pour la même pathologie survient dans l'année.
Une franchise de 90 jours est-elle un bon choix pour une profession libérale ?
Souvent, oui. Les libéraux CNAVPL touchent des IJ de la CPAM du 4e au 90e jour (26,33 à 197,51 €/j en 2026). Payer une franchise courte revient alors à assurer des jours déjà partiellement couverts. Pour un affilié CARPIMKO ou CARCDSF disposant de réserves, une franchise 90 jours calée sur le relais de la caisse au 91e jour est le choix le plus économique. Elle est en revanche risquée sans trésorerie, ou si les IJ CPAM sont très inférieures à vos charges.
Combien de jours tenez-vous vraiment ?
Le simulateur croise les barèmes de votre caisse avec vos charges pour trouver votre franchise optimale.
Calculer mon reste à vivre Parler à un courtierSources
- ameli.fr — arrêt maladie des artisans-commerçants (carence 3 jours) — consulté en août 2026.
- ameli.fr — IJ des professions libérales (J4-J90) — consulté en août 2026.
- carpimko.com — prévoyance et relais au 91e jour — consulté en août 2026.
- carcdsf.fr — indemnités journalières et rechute — consulté en août 2026.
- lacipav.fr — absence d'IJ après le 90e jour — consulté en août 2026.