Prévoyance des indépendants

Invalidité CARMF : la rente 2026 du médecin, et sa règle brutale

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Mis à jour le 30 septembre 2026

La CARMF ne verse une pension d'invalidité que dans un seul cas : une invalidité totale et définitive, qui rend le médecin « absolument incapable » d'exercer sa profession. Il n'existe aucune invalidité partielle à la CARMF — ni seuil de 33 %, ni seuil de 66 %, ni barème : le chirurgien qui ne peut plus opérer mais peut encore consulter touche 0 €. Quand elle est due, la rente 2026 va de 23 662 € à 31 549 €/an selon le meilleur revenu des trois dernières années, majorée le cas échéant de 35 % (conjoint), 35 % (tierce personne) et 10 % (majoration familiale), plus 8 788,52 €/an par enfant. Contrepartie : cessation définitive de l'activité, cabinet cédé ou fermé, aucun cumul.

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La règle : totale et définitive, ou rien

Selon les textes de la CARMF, la pension est réservée au médecin atteint d'une « invalidité totale et définitive rendant inapte à exercer sa profession » — la caisse écrit même « absolument incapable ». La décision revient au médecin contrôleur de la CARMF, au vu du dossier médical. Il n'y a rien d'autre : pas de taux d'invalidité, pas de barème fonctionnel ou professionnel, pas de rente réduite pour une incapacité partielle.

Concrètement :

  • Le chirurgien qui perd la main opératoire — tremblement, arthrose, séquelle d'AVC — mais reste capable de consulter n'est pas « absolument incapable » d'exercer la médecine. Rente CARMF : 0 €. Son revenu, lui, peut chuter de 60 ou 70 %.
  • Le radiologue ou l'anesthésiste qui ne peut plus pratiquer les actes techniques de sa spécialité : même logique. Tant qu'un exercice médical quelconque reste possible, la caisse ne verse rien.
  • Le généraliste qui pourrait tenir deux demi-journées par semaine : rien non plus au titre de l'invalidité. Une reprise à temps partiel pour motif thérapeutique relève, le cas échéant, des indemnités journalières, pas de la pension : faites confirmer les règles applicables par la CPAM et par la CARMF avant toute reprise.

C'est le cas le plus extrême de ce que nous décrivons sur la page pilier consacrée à l'invalidité des indépendants : la plupart des caisses ignorent l'invalidité en dessous de 66 % ; la CARMF, elle, ignore tout ce qui n'est pas 100 % — définitif.

0 €rente CARMF en invalidité partielle — elle n'existe pas
31 549 €/anplafond de la rente 2026, en invalidité totale et définitive
91e jourdébut de l'intervention CARMF, après la CPAM

Montants 2026 : de 23 662 à 31 549 €, au prorata du revenu

Depuis la réforme de son régime, la CARMF calcule la rente proportionnellement au meilleur revenu professionnel des trois dernières années d'activité, entre un plancher et un plafond :

  • 23 662 €/an (plancher) si ce revenu est inférieur ou égal à 48 060 € ;
  • 31 549 €/an (plafond) si ce revenu atteint 144 180 € ou plus ;
  • entre les deux, la rente est calculée au prorata du revenu.

Écartez le mythe des classes A/B/C. De très nombreux sites présentent encore la rente d'invalidité CARMF par classes de cotisation (A, B, C) avec trois montants fixes. Ce mécanisme est périmé : la rente dépend aujourd'hui du revenu — 23 662 € jusqu'à 48 060 €, 31 549 € à partir de 144 180 €, et un montant proportionnel entre les deux (les indemnités journalières suivent la même logique : 65,84 €/j, 1/730e du revenu, puis 197,51 €/j). De même, la rente d'un enfant n'est pas de « 8 616 € » comme on le lit encore : la valeur 2026 est de 8 788,52 €/an.

Pension d'invalidité CARMF 2026 : le récapitulatif
Élément Règle 2026
Condition médicale Invalidité totale et définitive — « absolument incapable » d'exercer. Aucune rente partielle.
Rente de base 23 662 à 31 549 €/an, au prorata du meilleur revenu des 3 dernières années (plancher à 48 060 € de revenu, plafond à 144 180 €)
Majoration conjoint à charge +35 % — mariage d'au moins 2 ans, ressources du conjoint ≤ 31 252 € par an en 2026 (page invalidité de la CARMF)
Majoration tierce personne +35 % si l'assistance d'un tiers est nécessaire pour les actes de la vie courante
Majoration familiale +10 % pour les médecins ayant eu au moins 3 enfants (exemple officiel publié par la caisse : 35 138,07 €/an)
Rente par enfant 8 788,52 €/an jusqu'à 21 ans (25 ans si études)
Durée Jusqu'à 62 ans, puis bascule dans le régime de retraite
Cumul avec une activité Interdit — cessation définitive exigée, cabinet cédé ou fermé
Fiscalité Imposable (IR), CSG/CRDS/CASA, prélèvement à la source

Les trois majorations sont cumulables entre elles et s'ajoutent, le cas échéant, aux rentes par enfant. Mais aucune majoration ne change la nature du régime : tout ou rien. Un médecin à 150 000 € de revenu touche au mieux 31 549 €/an de rente de base — soit 21 % de son revenu — et un médecin partiellement invalide touche 0 €, quel que soit son revenu.

Les conditions : céder le cabinet, cesser pour toujours

La reconnaissance médicale ne suffit pas. La CARMF pose des conditions administratives strictes, et chacune peut bloquer le dossier.

  • Être à jour de ses cotisations. Un arriéré au moment de la demande peut faire perdre le droit à pension.
  • Au moins 8 trimestres d'affiliation. Entre 8 et 15 trimestres, la rente est réduite d'un tiers.
  • Cesser définitivement l'activité : cabinet cédé ou fermé, radiation. Ce n'est pas une suspension d'exercice, c'est la fin de la carrière médicale.
  • Aucun cumul avec un revenu d'activité médicale. La pension et l'exercice sont exclusifs l'un de l'autre.

Là encore, le contraste avec un contrat privé est frontal : la plupart des contrats de prévoyance versent une rente partielle pendant que l'assuré poursuit une activité aménagée. La CARMF exige l'inverse — tout arrêter, vendre, se radier — avant de verser quoi que ce soit.

Du 91e jour à 62 ans : la chronologie complète

La pension d'invalidité n'arrive jamais seule : elle est le dernier maillon d'une chaîne qui commence au premier jour d'arrêt. À chaque maillon son payeur, et ne confondez jamais les indemnités journalières (incapacité temporaire) avec la pension d'invalidité (incapacité définitive) : ce sont deux prestations distinctes, aux règles distinctes.

  1. Jours 1 à 3 : carence. Personne ne verse rien.
  2. Jours 4 à 90 : la CPAM. Depuis le 1er juillet 2021, les indemnités journalières des praticiens conventionnés sont servies par l'Assurance maladie : 1/730e du revenu, plafonnées à 197,51 €/j au 1er janvier 2026.
  3. Du 91e jour à 36 mois : la CARMF. Ses indemnités journalières 2026 vont de 65,84 à 197,51 €/j selon le revenu. Le détail figure sur notre page arrêt de travail après 90 jours.
  4. Avant 62 ans, si l'invalidité est totale et définitive : la pension. Elle prend le relais des IJ et court jusqu'à 62 ans.
  5. À 62 ans : bascule dans la retraite. Les années d'invalidité sont « assimilées gratuitement à des années de cotisations et génératrices de points » dans les trois régimes — base, complémentaire et ASV. Le médecin invalide ne perd donc pas sa retraite en perdant son activité. La caisse ne détaille pas publiquement la nature exacte de la liquidation à 62 ans (retraite au titre de l'inaptitude ou liquidation ordinaire) : point à faire préciser par la CARMF sur dossier.

Après 62 ans, plus de pension d'invalidité — mais des IJ dérogatoires. Le médecin qui poursuit son activité entre 62 et 69 ans relève, en cas d'arrêt, d'un régime d'indemnités journalières dérogatoire : 12 mois à taux plein, puis 75 % et 50 %. L'invalidité définitive après 62 ans, elle, relève de la retraite, plus du régime invalidité.

Côté fiscalité : la pension est imposable à l'IR, soumise à CSG, CRDS et CASA, et prélevée à la source. Deux points ne sont pas documentés par la caisse — le traitement fiscal de la majoration tierce personne, et le régime exact d'exonération de cotisations pendant la période d'IJ : à faire préciser par la CARMF.

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CARMF vs contrat privé : deux définitions de l'invalidité

Le vrai sujet n'est pas le montant de la rente CARMF — il est correct pour une caisse obligatoire. C'est sa définition de l'invalidité. Un contrat privé bien construit retient un barème professionnel : le taux d'invalidité mesure uniquement l'impact sur votre profession, et la rente se déclenche généralement dès 33 % d'invalidité (certains contrats descendent à 15-16 %). À partir de 66 %, la plupart des contrats versent la rente entière. Entre 33 et 66 %, la rente est proportionnelle — la formule la plus favorable, T/66, verse environ une fois et demie plus que le simple prorata T/100. Le détail des trois barèmes (fonctionnel, professionnel, croisé) et des formules de calcul est sur notre page dédiée au barème croisé d'invalidité.

Ce que couvre la CARMF vs ce que couvre un contrat de prévoyance privé (médecin libéral)
Situation CARMF Contrat privé (barème professionnel)
Invalidité légère (< 33 %) 0 € 0 € en général (certains contrats dès 15-16 %)
Invalidité partielle (33 à 66 %) 0 € Rente proportionnelle — jusqu'à T/66 de la rente assurée
Ne peut plus opérer, peut consulter 0 € Taux professionnel élevé possible : c'est l'impact sur votre exercice qui compte
Invalidité ≥ 66 % 0 € tant que l'exercice reste possible Rente entière dans la plupart des contrats
Invalidité totale et définitive 23 662 à 31 549 €/an + majorations Rente entière, du montant que vous avez choisi
Cumul avec une activité aménagée Interdit — cessation définitive exigée Possible en invalidité partielle

Et quand ne faut-il rien souscrire ? Comme sur la page pilier invalidité : si votre revenu est proche du plancher de 48 060 €, la rente CARMF de 23 662 € en remplace près de la moitié, et les majorations peuvent porter le total au-delà de 35 000 €/an — l'exemple officiel de la caisse atteint 35 138,07 €. Un médecin en fin de carrière, sans emprunt, dont le conjoint a des revenus, peut raisonnablement s'en contenter pour le seul risque d'invalidité totale. Ce qu'aucun médecin ne peut couvrir sans contrat privé, en revanche, c'est la zone 33-66 % : sur ce segment, la CARMF verse zéro, par construction.

Exemple calculé : Karim, 46 ans, chirurgien orthopédiste

Karim, 46 ans, chirurgien orthopédiste libéral, meilleur revenu des trois dernières années : 160 000 €. Marié depuis douze ans — son épouse, sans activité, a des ressources inférieures à 31 252 € — deux enfants de 9 et 13 ans. Déroulons ses deux scénarios, avec les barèmes 2026.

  • Scénario 1 — la rhizarthrose du pouce. À 49 ans, une arthrose invalidante de la main met fin à sa pratique chirurgicale. Il peut encore consulter, faire de l'expertise. Il n'est donc pas « absolument incapable » d'exercer la médecine. Pension CARMF : 0 €. Son revenu passe de 160 000 € à ce que rapportent des consultations — souvent moins de la moitié. La perte n'est indemnisée par personne, sauf contrat privé à barème professionnel souscrit avant.
  • Scénario 2 — l'AVC massif. Karim ne peut plus exercer du tout, définitivement. Son revenu (160 000 €) dépasse 144 180 € : rente au plafond, 31 549 €/an. Majoration conjoint : +35 %, soit 11 042,15 €. Deux enfants (pas de majoration familiale, qui exige 3 enfants) : 2 × 8 788,52 € = 17 577,04 €. Total : 60 168,19 €/an, soit environ 5 014 €/mois avant impôt — contre 13 333 €/mois auparavant. Taux de remplacement : 38 %, et encore, à la condition d'avoir cédé le cabinet et cessé tout exercice.

Le scénario le plus redouté par un praticien à geste technique — perdre l'acte, garder la consultation — est précisément celui où la CARMF verse 0 €. Le simulateur reste à vivre en arrêt de travail permet de chiffrer la première phase (IJ) ; pour l'invalidité, le calcul se fait contrat en main.

Questions fréquentes

La CARMF verse-t-elle une rente d'invalidité partielle ?

Non, et c'est le point le plus important de tout le dossier. La CARMF ne connaît qu'une seule invalidité : totale et définitive, rendant le médecin « absolument incapable » d'exercer sa profession. Il n'existe ni seuil de 33 %, ni seuil de 66 %, ni barème, ni rente réduite. Un chirurgien qui ne peut plus opérer mais reste capable de consulter n'est pas « absolument incapable » d'exercer la médecine : il ne touche rien de sa caisse. L'expression « invalidité partielle CARMF », que l'on rencontre sur certains sites, désigne un dispositif qui n'existe pas. Entre une invalidité qui ampute le revenu et une invalidité qui interdit tout exercice, seul un contrat de prévoyance privé, avec un barème professionnel se déclenchant généralement dès 33 %, verse quelque chose.

Quel est le montant de la rente d'invalidité CARMF en 2026 ?

De 23 662 € à 31 549 € par an en 2026, proportionnellement au meilleur revenu professionnel de vos trois dernières années d'activité : le plancher de 23 662 € s'applique aux revenus inférieurs ou égaux à 48 060 €, le plafond de 31 549 € aux revenus de 144 180 € et plus, avec un calcul au prorata entre les deux. Attention à une erreur répandue : la rente ne se calcule plus par classes A, B ou C — ce mécanisme est périmé, même si de nombreux sites l'affichent encore. S'ajoutent d'éventuelles majorations cumulables : 35 % pour conjoint à charge, 35 % pour tierce personne, 10 % de majoration familiale, et une rente de 8 788,52 € par an et par enfant.

La pension d'invalidité CARMF est-elle imposable ?

Oui. La pension d'invalidité CARMF est imposable à l'impôt sur le revenu, soumise à la CSG, à la CRDS et à la CASA, et entre dans le prélèvement à la source. Un point reste non tranché publiquement : le traitement fiscal de la majoration pour tierce personne, que la caisse ne précise pas — dans d'autres régimes, cette majoration est exonérée, mais nous ne l'affirmons pas pour la CARMF. Le régime d'exonération de cotisations pendant la période d'indemnités journalières n'est pas non plus documenté avec précision par la caisse.

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Pour aller plus loin

Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il rédige et vérifie l’ensemble des contenus de ce site. Il conseille les indépendants et les dirigeants sur leur prévoyance, leur mutuelle et leur assurance de prêt, à partir des barèmes des treize caisses obligatoires.