Prévoyance par métier
Prévoyance du chauffeur VTC : ce que la SSI verse vraiment en arrêt de travail (2026)
Yacine Sahnoune
Courtier en assurances
ORIAS n° 26004449
Mis à jour le 12 octobre 2026
Un chauffeur VTC en micro-entreprise touche de la SSI une indemnité journalière calculée sur son chiffre d'affaires après abattement de 50 % : pour 45 000 € de CA annuel moyen, le revenu retenu est de 22 500 € et l'IJ de 30,82 €/jour, versée à partir du 4e jour d'arrêt (3 jours de carence), dans la limite de 360 jours sur 3 ans. Sous 9 164 € de CA moyen, l'IJ est nulle. Et en micro, la cotisation d'une prévoyance complémentaire n'est pas déductible (pas de Madelin).
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La plupart des chauffeurs VTC exercent en micro-entreprise, rattachés à la Sécurité sociale des indépendants. La formule d'indemnisation est la même que pour tous les artisans-commerçants : 1/730e du revenu annuel moyen des 3 années civiles précédant l'arrêt (le « Raam »), plafonné à 65,84 €/jour en 2026, après 12 mois d'affiliation. Mais pour un micro-entrepreneur, le revenu retenu n'est pas le chiffre d'affaires encaissé : c'est le CA après abattement forfaitaire de 50 % (services BIC, la catégorie du transport de personnes).
Autrement dit, l'administration considère que la moitié de vos courses part en frais — et calcule vos droits sur l'autre moitié. Un CA de 45 000 € devient un revenu de 22 500 €, et 22 500 ÷ 730 = 30,82 €/jour. C'est moins qu'un SMIC journalier, pour un chauffeur qui encaisse 123 € de courses par jour ouvré ou non.
| Période | Ce que verse le régime obligatoire |
|---|---|
| Jours 1 à 3 | 0 € — carence de 3 jours |
| Jour 4 → 360e IJ (sur 3 ans) | 1/730e du CA moyen abattu de 50 %, plafonné à 65,84 €/j — ex. : 30,82 €/j pour 45 000 € de CA |
| Moins de 12 mois d'affiliation, ou CA moyen < 9 164 € | 0 € (condition d'affiliation non remplie, ou Raam sous le seuil de 4 582 €) |
| Au-delà de 360 IJ | Plus rien, sauf invalidité (capacité réduite d'au moins 2/3) : 530,21 à 1 201,50 €/mois (partielle), 747 à 2 002,50 €/mois (totale), jusqu'à l'âge légal de la retraite |
| Décès | Capital de 9 612 € + 2 403 € par enfant à charge — aucune rente de conjoint |
Accident de la route : arrêt de travail et véhicule immobilisé
Votre premier risque professionnel est la route. D'abord parce que, contrairement aux salariés, les indépendants n'ont pas de régime « accident du travail » distinct : accident de la circulation ou lumbago, ce sont les mêmes IJ, la même carence de 3 jours, le même plafond. Ensuite parce qu'un accident cumule deux pertes : vous êtes en arrêt, et votre véhicule — votre outil de travail — est au garage. Même remis sur pied, sans voiture conforme, vous ne roulez pas. L'assurance auto répare la carrosserie ; elle ne remplace jamais votre revenu.
Ajoutez la sédentarité et les lombalgies des journées de 10 heures au volant : le métier cumule une forte exposition et une couverture obligatoire mince.
La protection offerte par certaines plateformes
Certaines plateformes financent une assurance accident pour leurs chauffeurs. Selon la page d'Uber consultée en septembre 2026, sa « Protection Partenaire » souscrite auprès d'AXA verse 47 €/jour pendant 30 jours au plus après un accident survenu pendant une course (de l'acceptation de la course jusqu'à 15 minutes après), et 47 €/jour pendant 15 jours au plus en cas de maladie ou d'accident hors course, après 7 jours d'arrêt et à condition d'avoir réalisé au moins 150 courses sur les 8 dernières semaines. Ces montants et conditions changent : vérifiez-les dans votre espace chauffeur. Utile pour un arrêt court, cette protection ne couvre ni un arrêt de plusieurs mois ni une invalidité durable : elle ne remplace pas une prévoyance.
Exemple : Karim, 34 ans, 45 000 € de CA
Karim conduit à plein temps en micro-entreprise, avec un CA stable de 45 000 €/an sur les 3 dernières années, soit 123,29 € de recettes par jour calendaire (45 000 ÷ 365). Une fracture du poignet après un accrochage l'arrête 45 jours.
- Revenu retenu (Raam) : 45 000 × 50 % = 22 500 €.
- IJ : 22 500 ÷ 730 = 30,82 €/jour, du 4e au 45e jour, soit 42 jours × 30,82 € = 1 294,44 € perçus.
- Revenu perdu, mesuré comme la SSI (CA abattu de 50 %, soit 22 500 ÷ 365 = 61,64 €/jour) : 45 × 61,64 € = 2 773,80 €, dont 1 294,44 € compensés : il manque 1 479,36 € sur 45 jours.
Ce calcul reste théorique : l'abattement de 50 % est un forfait, pas vos frais réels. Pendant l'arrêt, la commission de plateforme et le carburant disparaissent avec les courses, mais la location ou le crédit du véhicule et l'assurance continuent de courir : si vos charges fixes sont élevées, le trou réel dépasse ces 1 479,36 €.
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Pas de Madelin en micro : la prévoyance se paie plein pot
Les TNS au régime réel déduisent leurs cotisations de prévoyance de leur bénéfice imposable grâce à la loi Madelin. Le micro-entrepreneur, lui, n'y a pas droit : son abattement forfaitaire est réputé couvrir toutes ses charges. Concrètement, une prévoyance à 75-120 €/mois — la fourchette indicative relevée pour un indépendant comparable de 40 ans (voir les prix détaillés) — se paie sur le revenu net, sans économie d'impôt. Les chauffeurs professionnels sont en outre souvent classés en risque aggravé par les assureurs : surprime, exclusion de certains accidents de la circulation ou refus sont possibles, et seul un devis nominatif fait foi. C'est un vrai point de budget, à mettre en face du risque : selon le baromètre MetLife France / Institut CSA 2026 (400 entrepreneurs de 0 à 9 salariés), 62 % des travailleurs non salariés déclarent qu'ils ne pourraient pas maintenir leur niveau de vie plus d'un mois en cas d'arrêt de travail avec les seules prestations de leur régime obligatoire. Le statut est détaillé sur la page prévoyance de l'auto-entrepreneur.
50 % : l'abattement appliqué au CA d'un VTC en micro avant tout calcul d'indemnité. Vos IJ, votre pension d'invalidité et vos droits retraite sont assis sur la moitié de ce que vous encaissez.
Invalidité et décès : le socle SSI reste le même
Si un accident laisse des séquelles réduisant d'au moins deux tiers votre capacité à exercer votre métier, la SSI verse une pension de 30 % du revenu moyen des dix meilleures années en incapacité partielle (530,21 à 1 201,50 €/mois), ou 50 % en invalidité totale et définitive (747 à 2 002,50 €/mois), jusqu'à l'âge légal de départ en retraite — un revenu moyen lui aussi calculé sur le CA abattu pour un micro. En cas de décès, vos proches touchent un capital de 9 612 €, plus 2 403 € par enfant, et aucune rente. Le détail complet du régime est sur la page SSI : indemnités et prévoyance.
Quand une prévoyance n'est pas prioritaire pour un VTC
Si vous conduisez à temps partiel, en complément d'un emploi salarié qui vous ouvre déjà des IJ et une prévoyance d'entreprise, une prévoyance TNS ne s'impose pas — votre couverture salariée fait le travail. De même, un chauffeur sans crédit, sans famille à charge et disposant de 3 à 6 mois de trésorerie d'avance peut légitimement auto-assurer le risque d'arrêt court.
À l'inverse, pour un VTC à temps plein dont le foyer vit des courses, avec un véhicule financé à crédit ou en location, les 30,82 €/jour de l'exemple ci-dessus ne couvrent ni le foyer ni la voiture. Selon le même baromètre MetLife France / Institut CSA 2026, seuls 33 % des travailleurs non salariés gagnant moins de 40 000 € sont équipés en prévoyance — c'est précisément la tranche qui encaisse le plus mal un arrêt. Attention enfin à ne pas confondre les contrats : la mutuelle rembourse des soins, elle ne remplace pas un revenu — l'explication complète est sur mutuelle ou prévoyance. Pour comparer votre situation avec celle d'un artisan taxi, voyez la page prévoyance du chauffeur de taxi ; si vous roulez en poids lourd ou en véhicule utilitaire pour compte d'autrui, c'est la page prévoyance du transporteur qui traite le cas du leasing pendant l'arrêt.
Questions fréquentes
Quelle indemnité journalière pour un chauffeur VTC en micro-entreprise ?
1/730e du revenu annuel moyen des 3 années civiles précédant l'arrêt, plafonné à 65,84 €/j en 2026, après 12 mois d'affiliation. En micro services BIC, le revenu retenu est le CA après abattement de 50 % : un CA de 45 000 € donne 22 500 € retenus, soit 30,82 €/j à partir du 4e jour d'arrêt.
Un chauffeur VTC qui débute a-t-il droit aux indemnités journalières ?
Pas la première année : il faut 12 mois d'affiliation. Ensuite, pendant les 3 premières années civiles, le revenu est rapporté à la durée réelle d'activité. Sous 4 582 € de revenu moyen — environ 9 164 € de CA annuel après abattement de 50 % — l'IJ est de 0 €.
Un VTC en micro peut-il déduire sa prévoyance avec la loi Madelin ?
Non : le Madelin est réservé aux TNS au régime réel. En micro, la cotisation se paie sur le revenu net, sans avantage fiscal — voir le statut auto-entrepreneur.
Un accident de la route est-il mieux indemnisé qu'une maladie ?
Non. Les indépendants SSI n'ont pas de régime accident du travail distinct : mêmes IJ, même carence de 3 jours. L'accident ajoute en revanche la perte du véhicule, votre outil de travail — que l'assurance auto ne compense pas côté revenu.
Combien coûte une prévoyance pour un chauffeur VTC ?
Fourchette indicative relevée pour un indépendant comparable de 40 ans : 75 à 120 €/mois (arrêt de travail, invalidité, décès). Le tarif dépend de l'âge, du revenu assuré, des franchises et de l'état de santé — voir les prix.
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Sources
- ameli.fr — Arrêt maladie des artisans-commerçants — consulté en août 2026.
- previssima.fr — IJ des artisans-commerçants — consulté en août 2026.
- ameli.fr — Pension d'invalidité — consulté en août 2026.
- Baromètre Prévoyance TNS MetLife / CSA 2026 — consulté en août 2026.
- uber.com — Protection Partenaire (AXA) des chauffeurs — consulté en septembre 2026.
- comparatif-prevoyance.fr — Tarifs prévoyance maintien de salaire — consulté en août 2026.