Prévoyance auto-entrepreneur : vos vraies indemnités (et le piège du CA abattu)
En arrêt de travail, un auto-entrepreneur touche 1/730e de son CA moyen des 3 dernières années… après abattement forfaitaire (71 % en vente, 50 % en services BIC, 34 % en BNC), plafonné à 65,84 €/jour en 2026. Conséquence : sous environ 15 800 € de CA annuel en vente (4 582 € de revenu retenu), l'indemnité est de 0 €. Et contrairement aux autres indépendants, le micro-entrepreneur n'a aucune déduction Madelin.
Votre IJ n'est pas calculée sur votre CA, mais sur votre CA abattu
Un auto-entrepreneur (artisan, commerçant ou libéral non réglementé) relève de la Sécurité sociale des indépendants (SSI). La règle des IJ est la même que pour tous les indépendants classiques : 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années civiles (le « Raam »), versé à partir du 4e jour d'arrêt (3 jours de carence), pendant 360 jours maximum sur 3 ans.
Toute la différence tient dans la définition du revenu. Pour un indépendant au réel, c'est le bénéfice. Pour un micro-entrepreneur, c'est le chiffre d'affaires après abattement forfaitaire :
- 71 % d'abattement en achat-revente et vente de marchandises → seuls 29 % de votre CA comptent ;
- 50 % en prestations de services BIC → 50 % du CA compte ;
- 34 % en BNC (activités libérales) → 66 % du CA compte.
| Activité | Abattement | Revenu retenu (Raam) | IJ (Raam ÷ 730) | CA sous lequel l'IJ tombe à 0 € |
|---|---|---|---|---|
| Vente de marchandises | 71 % | 11 600 € | 15,89 €/j | ≈ 15 800 € |
| Services BIC (artisanat, commerce) | 50 % | 20 000 € | 27,40 €/j | ≈ 9 164 € |
| BNC (libéral, conseil) | 34 % | 26 400 € | 36,16 €/j | ≈ 6 942 € |
Même activité, même chiffre d'affaires : le vendeur touche 2,3 fois moins que le freelance BNC. Le régime micro simplifie vos cotisations, mais il abat aussi vos droits sociaux dans les mêmes proportions.
Les deux cas où vous touchez 0 €
1. Revenu retenu inférieur à 4 582 €
Si votre Raam (CA abattu moyen sur 3 ans) est inférieur à 4 582 €, l'IJ est nulle. Pas de plancher, pas de forfait : zéro. En vente, ce seuil correspond à environ 15 800 € de CA annuel moyen — un revendeur en ligne à 1 300 € de CA mensuel cotise donc sans ouvrir le moindre droit à indemnités. Juste au-dessus du seuil, l'IJ démarre à 6,28 €/j.
2. Moins de 12 mois d'affiliation
Il faut justifier d'au moins 12 mois d'affiliation pour percevoir des indemnités journalières. La première année d'activité, un arrêt maladie ne déclenche aucun versement, quel que soit votre chiffre d'affaires. Et comme le Raam est une moyenne sur 3 années civiles, les années 2 et 3 restent tirées vers le bas par les exercices incomplets.
4 582 € : sous ce revenu annuel moyen après abattement, l'IJ de l'auto-entrepreneur est de 0 €. En vente (abattement 71 %), ce seuil est atteint dès ≈ 15 800 € de chiffre d'affaires annuel.
Exemple : Sarah, graphiste freelance en micro-BNC
Sarah, 31 ans, graphiste indépendante en micro-entreprise (BNC), facture en moyenne 28 000 € de CA par an depuis 3 ans, soit 76,71 € par jour calendaire.
- Revenu retenu : 28 000 € × 66 % = 18 480 € de Raam.
- Son IJ : 18 480 ÷ 730 = 25,32 €/jour, à partir du 4e jour d'arrêt.
- Sur un arrêt d'un mois (30 jours), elle percevrait 27 jours × 25,32 € = 683,64 € — quand son activité lui rapporte environ 2 333 € par mois.
- Le trou : environ 51 € par jour, sans compter les charges qui continuent (logiciels, URSSAF sur les factures déjà encaissées, loyer).
62 % des indépendants déclarent qu'ils ne pourraient pas maintenir leur niveau de vie au-delà d'un mois d'interruption d'activité avec les seules prestations du régime obligatoire (baromètre MetLife/CSA 2026). Pour chiffrer votre propre situation : simulateur d'indemnités journalières, qui applique l'abattement micro automatiquement.
Pas de Madelin : la prévoyance se paie plein pot
Les indépendants au régime réel déduisent leurs cotisations de prévoyance de leur bénéfice imposable (loi Madelin, jusqu'à 3,75 % du bénéfice + 7 % du PASS). Pas vous. L'abattement forfaitaire du régime micro est réputé couvrir toutes les charges : l'article 154 bis du CGI réserve la déduction Madelin aux régimes réels. Vos cotisations de prévoyance sortent donc de votre poche, après impôt, sans aucun levier fiscal — un point à intégrer dans votre budget dès le départ. Un levier fiscal vous reste néanmoins : le plan d’épargne retraite demeure ouvert au micro-entrepreneur, par le plafond de droit commun de l’article 163 quatervicies du CGI et non par l’article 154 bis. L’assiette retenue est votre chiffre d’affaires encaissé en 2025 diminué de l’abattement forfaitaire, avec un plancher de 4 710 € déductibles même à faible activité. Le calculateur de plafond PER chiffre le montant exact. Le détail du dispositif est sur la page prévoyance Madelin.
Quel budget pour se couvrir en micro ?
Bonne nouvelle : les assureurs ont développé des contrats adaptés aux petits budgets. Pour un freelance de 30-40 ans travaillant en bureau, l'entrée de gamme démarre dès 26 à 40 €/mois ; une couverture complète (IJ + invalidité + décès) pour 2 500 à 5 000 €/mois de revenu assuré se situe entre 50 et 100 €/mois. Les métiers manuels paient plus cher (45 à 130 €/mois pour un artisan du bâtiment). Deux réflexes avant de signer :
- Assurez votre revenu réel, celui d'avant abattement : c'est tout l'intérêt d'un contrat privé, qui n'applique pas l'abattement fiscal (voir forfaitaire ou indemnitaire) ;
- Ne confondez pas prévoyance et mutuelle : la mutuelle rembourse des soins, la prévoyance remplace un revenu — voir mutuelle ou prévoyance et la page prix d'une prévoyance.
Quand la prévoyance peut attendre
Soyons directs : tous les auto-entrepreneurs n'ont pas besoin d'une prévoyance aujourd'hui. Si votre micro-entreprise est une activité accessoire à côté d'un emploi salarié, votre statut de salarié vous couvre déjà : IJSS calculées sur votre salaire, souvent un maintien de salaire par l'employeur et une prévoyance collective d'entreprise (invalidité, décès). La perte de vos revenus micro pendant un arrêt est alors un manque à gagner limité, absorbable. Dans ce cas, la prévoyance peut attendre — le bon déclencheur, c'est le jour où l'activité indépendante devient votre revenu principal, où un crédit repose dessus, ou où vous quittez le salariat.
À l'inverse, si la micro-entreprise est votre seul revenu, que vous avez passé le cap des 12 mois et que votre CA dépasse quelques milliers d'euros par mois, le calcul est vite fait : votre IJ couvrira une fraction de votre revenu réel, et l'invalidité comme le décès (capital de 9 612 € seulement, aucune rente de conjoint) restent quasi découverts. Comparez votre situation avec celle des autres statuts sur le baromètre IJ ou la page professions libérales.
Questions fréquentes
Comment est calculée l'indemnité journalière d'un auto-entrepreneur ?
1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafonné à 65,84 €/j en 2026, versé dès le 4e jour d'arrêt. Le revenu retenu est le CA après abattement : 71 % en vente, 50 % en services BIC, 34 % en BNC. Un CA de 40 000 € en vente ne compte que pour 11 600 €, soit 15,89 €/j.
Pourquoi mon indemnité journalière peut-elle être de 0 € ?
Deux cas : un revenu annuel moyen après abattement inférieur à 4 582 € (≈ 15 800 € de CA en vente, 9 164 € en services BIC, 6 942 € en BNC), ou moins de 12 mois d'affiliation — la première année d'activité n'ouvre aucun droit.
Un auto-entrepreneur peut-il déduire sa prévoyance avec la loi Madelin ?
Non. L'abattement forfaitaire micro est réputé couvrir toutes les charges : l'article 154 bis du CGI réserve la déduction Madelin au régime réel. Les cotisations se paient sur le revenu déjà imposé, sans avantage fiscal.
Combien coûte une prévoyance pour un auto-entrepreneur ?
Entrée de gamme dès 26 à 40 €/mois pour un freelance en bureau de 30-40 ans ; couverture complète entre 50 et 100 €/mois pour 2 500 à 5 000 €/mois de revenu assuré. Détail par profil sur la page prix d'une prévoyance.
Auto-entrepreneur et salarié en même temps : faut-il une prévoyance ?
Souvent non, ou pas tout de suite : si l'emploi salarié vous couvre déjà (IJSS, maintien de salaire, prévoyance collective), la perte des revenus micro est un risque limité. Le sujet devient sérieux quand l'activité indépendante devient votre revenu principal.
Votre IJ réelle, abattement compris
Le simulateur applique l'abattement de votre activité (71 %, 50 % ou 34 %) à votre CA et chiffre le manque à gagner par jour d'arrêt.
Calculer mes indemnités Parler à un courtierSources
- ameli.fr — Arrêt maladie des artisans-commerçants — consulté en août 2026.
- previssima.fr — IJ des artisans-commerçants — consulté en août 2026.
- superindep.fr — Madelin et micro-entreprise — consulté en août 2026.
- Baromètre Prévoyance TNS MetLife France / Institut CSA 2026 — consulté en août 2026.
- comparatif-prevoyance.fr — Tarifs prévoyance — consulté en août 2026.