Frais généraux
Frais généraux des professions de santé : le plateau technique ne s'arrête pas
Yacine Sahnoune
Courtier en assurances
ORIAS n° 26004449
Mis à jour le 30 septembre 2026
Un cabinet équipé coûte cher à l'arrêt, et deux caisses de santé ne versent strictement rien passé le 90e jour : la CAVP pour les pharmaciens titulaires, la CARPV pour les vétérinaires. Pendant ce temps, le crédit-bail du fauteuil, de l'imagerie ou du plateau chirurgical continue de tomber, et le remplaçant — quand vous en trouvez un — se paie au tarif d'un confrère. C'est la configuration où la garantie frais généraux passe avant le renforcement des indemnités journalières.
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L'écart est le point de départ du raisonnement. Prenons quatre professions aux revenus médians très différents, et regardons ce que le régime obligatoire verse au-delà du 90e jour.
| Profession | Caisse | Après J90 | Ramené au mois |
|---|---|---|---|
| Chirurgien-dentiste | CARCDSF | 113,22 €/j | environ 3 397 € |
| Kinésithérapeute | CARPIMKO | 55,44 €/j forfaitaires | environ 1 663 € |
| Pharmacien titulaire | CAVP | 0 € | 0 € |
| Vétérinaire | CARPV | 0 € | 0 € |
Ces montants concernent votre revenu personnel. Ils ne financent en rien la structure — et c'est précisément le malentendu que nous voyons le plus souvent : un praticien qui compte sur ses indemnités pour payer le loyer du cabinet se retrouve sans rien pour vivre.
Un poste souvent oublié : le remplaçant
C'est une particularité des professions de santé. Dans la plupart des métiers, un arrêt fait continuer des charges. Ici, il en fait naître une nouvelle : le remplaçant.
Un confrère remplaçant ne se paie pas au tarif d'un salarié. Le titulaire lui reverse (« rétrocède ») une part des honoraires des actes qu'il réalise — couramment de 60 à 80 % selon la profession et le contrat de remplacement — ou un forfait négocié. Sur un cabinet dentaire ou un cabinet vétérinaire, ce poste dépasse souvent le loyer, parfois largement.
Or ce poste relève des « frais supplémentaires d'exploitation » et non des « frais généraux permanents ». Ce sont deux garanties distinctes que le marché désigne du même nom. Un contrat limité aux charges permanentes vous rembourse le loyer, le crédit-bail et les salaires de l'assistante — et laisse le remplaçant intégralement à votre charge. C'est la première question à poser, avant même le tarif.
Deuxième vérification sur ce poste : les conditions. Certains contrats couvrent le remplaçant mais plafonnent la prise en charge à un ou deux mois de charges, ou exigent une qualification équivalente. Sur une spécialité où les remplaçants sont rares — vétérinaire rural, chirurgien-dentiste avec plateau implantaire — un plafond bas vide la garantie de son intérêt.
Le crédit-bail, l'autre poste lourd
Un plateau technique se finance presque toujours en crédit-bail : fauteuil et radiologie pour un dentiste, imagerie et bloc pour un vétérinaire, automate et robot pour une officine. Ces loyers ont deux caractéristiques qui les rendent redoutables à l'arrêt.
Ils sont longs — cinq à sept ans couramment — et ils sont irrévocables : un crédit-bail ne se suspend pas parce que le praticien est hospitalisé. Ils entrent bien dans les charges assurables, ce qui est une bonne nouvelle. Mais leur durée impose de revoir la durée d'indemnisation du contrat : douze mois ne suffisent pas quand un crédit-bail court encore sur quatre ans. Visez vingt-quatre mois, voire davantage sur les rares contrats qui le proposent.
Attention en revanche à la distinction avec l'emprunt d'installation. Sur une échéance de prêt, seuls les intérêts constituent une charge d'exploitation et entrent dans la garantie. Le capital en sort, et il relève de l'assurance emprunteur. Sur un emprunt d'officine de 400 000 €, l'écart entre les deux notions se compte en milliers d'euros par mois.
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Exemple : cabinet dentaire, six mois d'arrêt
Un chirurgien-dentiste, 95 000 € de revenu, cabinet avec une assistante et un plateau financé en crédit-bail. Une fracture du poignet l'immobilise six mois.
| Poste | Par mois | Statut |
|---|---|---|
| Loyer et charges du local | 1 400 € | Assurable |
| Salaire et charges de l'assistante | 2 600 € | Assurable |
| Crédit-bail du plateau technique | 1 900 € | Assurable |
| Assurances, abonnements, honoraires | 600 € | Assurable |
| Intérêts de l'emprunt d'installation | 310 € | Assurable |
| Rétrocession au confrère remplaçant | 3 200 € | Frais supplémentaires |
| Capital de l'emprunt d'installation | 1 750 € | Hors garantie |
| Total assurable en frais permanents | 6 810 € | |
| Avec les frais supplémentaires | 10 010 € |
Sa CARCDSF lui verse environ 3 397 € par mois à partir du 91e jour — pour vivre. Si son contrat ne couvre que les frais permanents, il lui manque 3 200 € par mois pour le remplaçant, soit 19 200 € sur six mois. S'il n'a aucune garantie frais généraux, le découvert atteint 6 810 € par mois, et il n'a rien pour vivre. L'estimateur reproduit ce calcul sur vos propres chiffres.
Une franchise courte, et pour une bonne raison
Sur les indemnités journalières, nous conseillons souvent une franchise de 90 jours : votre caisse verse quelque chose au début, et doubler ce que vous touchez déjà est un mauvais emploi du budget. Sur les frais généraux, le raisonnement s'inverse.
Aucun régime obligatoire ne verse quoi que ce soit au titre de vos charges. Le loyer, le salaire de l'assistante et le crédit-bail tombent dès le premier mois, à taux plein. Une franchise de 90 jours vous laisse donc trois mois de charges à financer sur votre trésorerie personnelle. Sur le cabinet ci-dessus, cela représente plus de 20 000 €.
Une franchise de 15 ou 30 jours coûte plus cher en prime, et elle se justifie ici pleinement. Le tableau du simulateur chiffre l'écart pour vous.
Quand elle ne se justifie pas
Dans trois situations, la garantie n'aurait presque rien à rembourser.
Un praticien collaborateur libéral qui exerce dans la structure d'un confrère, sans bail, sans personnel et sans matériel à son nom, n'a pas de charges fixes propres. Sa redevance de collaboration est proportionnelle aux actes : elle baisse quand il s'arrête. Tout le budget doit aller aux indemnités journalières et à l'invalidité.
Un praticien salarié d'un centre de santé ou d'une clinique relève du régime général et souvent d'une prévoyance collective : le raisonnement de cette page ne le concerne pas.
Enfin un praticien exerçant en société pluriprofessionnelle où les associés se remplacent mutuellement subit une perte d'exploitation bien moindre : l'activité continue, les charges restent financées. C'est alors l'invalidité durable qu'il faut couvrir, et le capital homme clé pour la perte longue.
Questions fréquentes
Le remplaçant est-il couvert par la garantie frais généraux ?
Seulement si le contrat couvre les frais supplémentaires d'exploitation. Les seuls frais généraux permanents ne suffisent pas. Ce sont deux garanties distinctes que le marché désigne du même nom. Vérifiez aussi le plafond et les conditions : certains contrats limitent la prise en charge à un ou deux mois, ou exigent une qualification équivalente du remplaçant.
Que verse la CAVP ou la CARPV pendant mon arrêt ?
Après le 90e jour : rien. Ni la CAVP pour les pharmaciens titulaires, ni la CARPV pour les vétérinaires ne versent d'indemnité journalière en propre. Jusqu'au 90e jour, vous percevez les IJ de la CPAM au titre du socle commun des libéraux — 1/730e de votre revenu annuel moyen des trois dernières années civiles, dans la limite de 197,51 € par jour en 2026. Ensuite, plus rien jusqu'à une éventuelle reconnaissance d'invalidité.
Faut-il des frais généraux ou des indemnités journalières renforcées ?
Les deux, car elles ne couvrent pas le même préjudice — mais l'ordre compte. Sur un cabinet à fort plateau technique, avec du personnel et un crédit-bail en cours, les frais généraux passent avant le renforcement des indemnités : sans eux, la structure ne survit pas à l'arrêt. Sur un exercice sans local ni matériel, c'est l'inverse.
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Pour aller plus loin
- Garantie frais généraux : le guide complet
- Quelles charges sont couvertes — permanents et supplémentaires
- Estimateur de garantie frais généraux
- CAVP, CARPV et CARCDSF — les barèmes de vos caisses
- Assurance emprunteur professionnelle — pour le capital de votre emprunt d'installation
Sources
- AG2R La Mondiale — Souscrire une assurance frais généraux (TNS) — consulté en août 2026.
- TNS-Prévoyance — L'assurance frais généraux permanents — consulté en août 2026.
- Ameli — Arrêt maladie des professions libérales (socle CNAVPL) — consulté en août 2026.
- CAVP — prestations en cas de problème de santé (aucune indemnité journalière propre) · CARPV — indemnités journalières longues (régime annoncé, non en vigueur au 30 septembre 2026) — consultés en septembre 2026.
Les barèmes de caisse 2026 sont recoupés selon notre méthodologie, chacun sur au moins deux sources. Les charges du cabinet de l'exemple sont des ordres de grandeur destinés à illustrer la méthode, non des moyennes de marché. Les niveaux de rétrocession au remplaçant (60 à 80 % des actes) décrivent une pratique professionnelle courante, sans source publique consolidée. Aucun tarif d'assurance n'est publié.