Prévoyance par métier
Prévoyance maçon : 41,10 €/jour de la SSI et la clause qui exclut votre dos
Yacine Sahnoune
Courtier en assurances
ORIAS n° 26004449
Mis à jour le 12 octobre 2026
Un maçon à 30 000 € de bénéfice annuel gagne 82,19 € par jour (30 000 ÷ 365). En arrêt de travail, la Sécurité sociale des indépendants lui verse 41,10 € par jour (30 000 ÷ 730), à partir du 4e jour seulement. Il manque 41,09 € par jour, soit environ 1 233 € par mois d'arrêt. Et pour un maçon, le sujet numéro un n'est pas ce montant : c'est de vérifier que le contrat complémentaire couvre bien les pathologies du dos, que beaucoup de formules d'entrée de gamme excluent ou limitent.
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Parpaings, sacs de ciment, banches, brouettes chargées : un maçon manipule plusieurs tonnes par semaine, souvent en torsion, souvent en fin de journée quand la vigilance baisse. L'usure lombaire n'est pas un accident improbable, c'est la trajectoire normale d'une carrière de vingt ou trente ans sur les chantiers. Hernie discale, lombosciatique, arthrose lombaire : ces pathologies arrivent, et elles arrivent longtemps avant la retraite.
Cette évidence de terrain a une conséquence contractuelle brutale. Les assureurs le savent aussi, et beaucoup de contrats standards traitent le rachis comme un risque quasi certain — donc à exclure, ou à ne couvrir qu'au prix fort. Un maçon qui signe sans lire la clause dorso-vertébrale risque d'acheter une couverture qui exclut son risque le plus probable.
La clause à lire avant le prix. Dans beaucoup de contrats d'entrée de gamme, les affections dorso-vertébrales ne sont indemnisées qu'en cas d'hospitalisation ou d'intervention chirurgicale ; d'autres les couvrent sans cette condition, mais avec une franchise allongée ou une durée d'indemnisation limitée. Or l'immense majorité des lombalgies se soignent sans bloc opératoire : repos, kinésithérapie, infiltrations. Avec une clause « hospitalisation ou chirurgie », deux mois d'arrêt pour lombosciatique, c'est 0 € versé par l'assureur, alors que la cotisation, elle, a bien été prélevée. Le mécanisme, les formulations à repérer et le coût du rachat sont détaillés sur la page exclusions dos et psy.
Ce que verse la SSI à un maçon, du premier jour à l'invalidité
| Période | Règle SSI 2026 | Montant pour 30 000 € de revenu moyen |
|---|---|---|
| Jours 1 à 3 | Carence : aucune indemnisation | 0 € — 246,57 € de revenu déjà perdus (3 × 82,19 €) |
| Jours 4 à 90 | 1/730e du revenu annuel moyen des 3 dernières années, plafond 65,84 €/j | 41,10 €/jour, soit 1 233 € pour 30 jours |
| Jours 91 à 360 | Même montant, aucune revalorisation liée à la durée | 41,10 €/jour — le manque atteint 41,09 €/jour |
| Au-delà de 360 jours sur 3 ans | Plus d'IJ, sauf affection de longue durée (jusqu'à 3 ans) | 0 € tant que l'invalidité n'est pas reconnue |
| Invalidité (capacité réduite d'au moins 2/3) | Partielle (au métier) : 30 % du revenu moyen (530,21 à 1 201,50 €/mois). Totale : 50 % (747 à 2 002,50 €/mois). Jusqu'à l'âge légal de la retraite | 750 €/mois ou 1 250 €/mois |
| Décès | Capital 9 612 € + 2 403 € par orphelin, aucune rente | Environ 3,8 mois de revenu, versés une seule fois |
Source : barèmes SSI 2026 (ameli.fr). Calculs Prevoya sur un revenu annuel moyen de 30 000 €, revenu médian indicatif du métier.
14 796 € : le total maximum que la SSI versera à ce maçon sur les 360 jours d'arrêt indemnisables en 3 ans (360 × 41,10 €). Soit l'équivalent de 180 jours de revenu pour trois années de couverture — et rien du tout entre l'épuisement du compteur et la reconnaissance éventuelle d'une invalidité.
Chutes de hauteur : 16 % des accidents, environ 4 mois d'arrêt
Le dos est le risque chronique ; la chute est le risque brutal. Le BTP a enregistré 72 633 accidents du travail en 2024, avec un indice de fréquence de 38,1 accidents pour 1 000 salariés contre 26,4 tous secteurs confondus. Les chutes de hauteur représentent 16 % de ces accidents et immobilisent en moyenne 4 mois, contre 2,5 mois pour les autres accidents. Échafaudage, banche, toiture, trémie non protégée : la maçonnerie concentre ces situations.
Ces statistiques portent sur les salariés du secteur, mais l'artisan travaille sur les mêmes chantiers — sans la branche accidents du travail. Pour un indépendant, une chute d'échafaudage et une grippe produisent exactement la même indemnisation : 41,10 €/jour, à partir du quatrième jour. Quatre mois d'arrêt, soit 120 jours dont 117 indemnisés, représentent 4 808,70 € versés par la SSI pour 9 862,80 € de revenu perdu : un trou de 5 054,10 €.
Cédric, 38 ans : 70 jours de lombosciatique, au centime près
Cédric, 38 ans, maçon en entreprise individuelle, bénéfice stable de 30 000 €/an. En posant un linteau, il déclenche une lombosciatique aiguë. Traitement médical, kinésithérapie, reprise progressive : 70 jours d'arrêt, sans hospitalisation ni chirurgie.
- Revenu journalier réel : 30 000 ÷ 365 = 82,19 €.
- IJ SSI : 30 000 ÷ 730 = 41,10 €/jour, versée du 4e au 70e jour, soit 67 jours × 41,10 € = 2 753,70 €.
- Revenu qu'auraient produit ces 70 jours : 70 × 82,19 € = 5 753,30 €.
- Manque à gagner : 2 999,60 € — auxquels s'ajoutent les cotisations URSSAF, le crédit du camion et la location de la bétonnière, qui ne s'arrêtent pas.
Si Cédric avait souscrit un contrat premier prix dont la clause dorso-vertébrale exige une hospitalisation ou une chirurgie, son assureur aurait versé 0 € : pas d'hospitalisation, pas d'opération, donc pas de garantie. Il aurait payé une cotisation pendant des années pour se retrouver au même point que sans contrat. Avec le rachat d'exclusion négocié à la souscription, la complémentaire aurait pris le relais dès la fin de la franchise contractuelle et comblé tout ou partie des 2 999,60 €.
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Un métier qu'on n'exerce pas diminué : exigez un barème professionnel
Un comptable avec un dos abîmé continue de travailler. Un maçon, non. C'est toute la différence entre les deux façons de mesurer une invalidité dans un contrat :
- Barème fonctionnel : mesure la perte de capacité dans la vie courante, indépendamment du métier. Une atteinte lombaire y reçoit en général un taux modeste, souvent en dessous des seuils d'indemnisation.
- Barème professionnel : mesure l'impossibilité d'exercer votre métier. Un dos qui interdit définitivement le port de charges peut y donner un taux très élevé, parce qu'il rend la maçonnerie inexerçable.
Le régime obligatoire, lui, ne connaît qu'un seuil : la pension SSI suppose une capacité de travail réduite d'au moins deux tiers. Pour la pension d'incapacité partielle au métier, cette perte s'apprécie par rapport à votre métier : un maçon de 45 ans qui ne peut plus porter peut y prétendre, mais elle se limite à 30 % de son revenu moyen, soit 750 €/mois ici, jusqu'à l'âge légal de la retraite. En dessous des deux tiers, rien. C'est cet écart qu'un contrat en barème professionnel est censé combler ; la distinction est développée sur la page invalidité des indépendants.
Deux mots à chercher dans les conditions générales : « barème professionnel » (et non « fonctionnel » ou « croisé ») et « rachat des affections dorso-vertébrales ». Un contrat de maçon qui n'a ni l'un ni l'autre laisse de côté ses deux risques principaux.
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Maçon en micro-entreprise : l'IJ fond avec l'abattement
Beaucoup de maçons démarrent seuls, en micro-entreprise. La SSI ne retient alors pas le chiffre d'affaires, mais le CA moyen des 3 dernières années après abattement de 50 % (prestations de services artisanales). Un CA de 36 000 € donne un revenu retenu de 18 000 €, soit une IJ de 24,66 €/jour. Sous 9 164 € de CA annuel moyen, le revenu retenu passe sous le seuil de 4 582 € et l'indemnité tombe à 0 € — un cas fréquent en début d'activité. Et pendant les 12 premiers mois d'affiliation, l'IJ est nulle quel que soit le chiffre d'affaires. Les autres conséquences du statut (pas de déduction Madelin, notamment) sont détaillées sur la page prévoyance de l'auto-entrepreneur.
Prix : 45 à 130 €/mois, 150 à 200 € sans exclusion dos
Pour un artisan du bâtiment de 35 à 45 ans, une prévoyance IJ + invalidité + décès se négocie entre 45 et 130 € par mois. Les formules renforcées destinées aux métiers à risque, avec rachat des exclusions, montent à 150 à 200 € par mois. La maçonnerie étant en haut de l'échelle de risque des assureurs, un maçon se situe rarement au plancher de la fourchette. Deux réflexes utiles : déclarer précisément son activité (gros œuvre, travail en hauteur, démolition) pour éviter un refus de prise en charge, et jouer sur la franchise plutôt que sur les garanties pour faire baisser la note. Les leviers sont détaillés sur la page prix d'une prévoyance.
Rappel qui évite bien des malentendus : une mutuelle santé rembourse des soins, elle ne remplace aucun revenu. Les deux contrats ne se substituent pas l'un à l'autre — voir mutuelle ou prévoyance.
Quand différer, et quelles économies éviter
Un maçon salarié relève du régime général et de la prévoyance de la branche BTP : rien à souscrire individuellement. Cette section vise l'artisan à son compte.
Un contrat de maçon avec exclusion dorso-vertébrale non rachetée se situe dans le bas de la fourchette de 45 à 130 €/mois — et laisse le risque le plus fréquent découvert. Ne le prenez pas pour une couverture de vos arrêts de travail. Mais ne renoncez pas pour autant à toute protection : si le budget d'une formule complète à 150-200 €/mois n'est pas encore là, un socle couvrant l'accident, l'invalidité et le décès vous protège déjà contre la chute d'échafaudage, l'invalidité définitive et le décès, qui restent les scénarios les plus lourds. Le rachat de l'exclusion dos pourra être négocié plus tard, tant qu'aucun épisode lombaire n'a été déclaré.
Même raisonnement pour un maçon de moins de 30 ans, sans crédit, sans salarié, avec deux à trois mois de revenu d'épargne et un conjoint salarié : la SSI couvre environ la moitié du revenu dès le 4e jour, et un arrêt de dix jours se traverse sans assurance. Différer est alors rationnel — à condition de souscrire avant le premier épisode lombaire, car une lombalgie déjà déclarée se retrouve ensuite exclue nommément par le questionnaire médical. De même, un artisan seul, sans emprunt ni local, avec une trésorerie couvrant plusieurs mois de charges, peut se contenter d'une franchise de 90 jours et d'une garantie centrée sur l'invalidité : l'écart de prime est substantiel.
À l'inverse, dès qu'il y a un prêt professionnel, des enfants ou un salarié, les trois trous du régime obligatoire deviennent structurels : l'arrêt long à 41,10 €/jour, l'invalidité à 750 €/mois et le capital décès de 9 612 € sans aucune rente de conjoint ni rente éducation. Et deux économies sont fausses sur ce métier : renoncer au rachat de l'exclusion dorso-lombaire, qui revient à exclure la cause la plus probable de votre arrêt, et se contenter d'une invalidité en barème fonctionnel, alors qu'un dos abîmé vous empêche d'exercer bien avant d'atteindre les taux exigés.
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Questions fréquentes
Un maçon a-t-il droit aux indemnités journalières ?
Oui. Le maçon indépendant relève de la SSI : après 12 mois d'affiliation, 1/730e du revenu annuel moyen des 3 années civiles précédant l'arrêt, plafonné à 65,84 €/jour, dès le 4e jour (3 jours de carence), 360 jours maximum sur 3 ans. Pour 30 000 € de bénéfice : 41,10 €/jour, contre 82,19 €/jour de revenu réel. Sous 4 582 € de revenu annuel moyen, l'IJ est nulle.
Qu'est-ce que l'exclusion dos dans un contrat de prévoyance ?
Une clause qui, le plus souvent, ne couvre les pathologies dorso-vertébrales (lombalgie, sciatique, hernie discale) qu'en cas d'hospitalisation ou de chirurgie ; d'autres contrats allongent la franchise ou limitent la durée. Avec une clause « hospitalisation ou chirurgie », comme la plupart des lombalgies se traitent sans opération, un arrêt de deux mois est indemnisé 0 €. Pour un maçon, c'est l'exclusion de son risque le plus fréquent : le rachat se négocie à la souscription — voir exclusions dos et psy.
Que verse la SSI à un maçon qui ne peut plus porter de charges ?
Rien, tant que sa capacité à exercer son métier n'est pas réduite d'au moins deux tiers. Au-delà de ce seuil : 30 % du revenu moyen en incapacité partielle au métier (530,21 à 1 201,50 €/mois) soit 750 €/mois pour 30 000 € de revenu, et 50 % en invalidité totale (747 à 2 002,50 €/mois) soit 1 250 €/mois. D'où l'intérêt d'un barème d'invalidité professionnelle dans le contrat complémentaire.
La prévoyance est-elle obligatoire pour un maçon ?
Non. Seules les cotisations SSI sont obligatoires ; elles ouvrent droit aux IJ, à la pension d'invalidité et au capital décès de 9 612 €. La complémentaire est facultative — mais le régime obligatoire ne couvre qu'environ la moitié du revenu, et rien du tout après 360 jours d'arrêt sur 3 ans.
Combien coûte une prévoyance pour un maçon ?
45 à 130 €/mois pour un artisan du bâtiment de 35-45 ans (IJ + invalidité + décès), 150 à 200 €/mois en formule renforcée sans exclusion dos. La maçonnerie étant classée en risque élevé, comptez plutôt le haut de la fourchette — détails sur la page prix d'une prévoyance.
Maçon auto-entrepreneur : quelles indemnités journalières ?
Sur le CA moyen des 3 dernières années après abattement de 50 % (services artisanaux). CA 36 000 € → revenu retenu 18 000 € → IJ 24,66 €/jour. Sous 9 164 € de CA moyen, l'IJ est de 0 € — voir prévoyance auto-entrepreneur.
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Sources
- ameli.fr — Arrêt maladie des artisans et commerçants — consulté en août 2026.
- previssima.fr — IJ des artisans-commerçants — consulté en août 2026.
- ameli.fr — Pension d'invalidité — consulté en août 2026.
- ameli.fr — Capital décès — consulté en août 2026.
- preventionbtp.fr — Sinistralité du BTP 2024 — consulté en août 2026.
- coover.fr — Prévoyance artisan : tarifs — consulté en août 2026.