Prévoyance des indépendants
Arrêt maladie de l'auto-entrepreneur : ce que vous touchez vraiment en 2026
Yacine Sahnoune
Courtier en assurances
ORIAS n° 26004449
Mis à jour le 30 septembre 2026
Un auto-entrepreneur en arrêt maladie perçoit 1/730e de son revenu d'activité annuel moyen des trois dernières années civiles, à partir du 4e jour d'arrêt, dans la limite de 65,84 € bruts par jour en 2026. Le piège : ce revenu n'est pas votre chiffre d'affaires, c'est votre chiffre d'affaires après abattement forfaitaire — 71 % en vente, 50 % en services BIC, 34 % en libéral BNC. Un graphiste qui facture 30 000 € est donc réputé gagner 19 800 € et touche 27,12 €/jour. Et sous 4 582 € de revenu retenu, l'indemnité tombe à 0 €. Cette page publie la table complète chiffre d'affaires → revenu retenu → indemnité, pour les trois catégories d'abattement.
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Trois règles suffisent à calculer votre situation, et la troisième est souvent oubliée.
- La formule. L'indemnité journalière vaut 1/730e du revenu d'activité annuel moyen (Raam), c'est-à-dire de la moyenne de vos revenus cotisés des trois années civiles précédant l'arrêt. Elle est due à partir du 4e jour, après trois jours de carence, et suppose 12 mois d'affiliation continue au titre de l'activité.
- Le plafond. Les revenus sont retenus dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale, soit 48 060 € en 2026. L'indemnité ne peut donc jamais dépasser 65,84 € bruts par jour, quel que soit votre chiffre d'affaires.
- L'abattement. Pour un auto-entrepreneur, ameli.fr précise que le revenu annuel correspond au chiffre d'affaires diminué de l'abattement forfaitaire : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les activités libérales relevant des BNC. C'est ce que le régime micro considère comme vos charges professionnelles, appliqué même si vous n'en avez presque aucune.
Le troisième point est décisif. Deux indépendants qui encaissent la même somme ne toucheront pas la même indemnité selon leur catégorie : à 40 000 € de chiffre d'affaires, l'écart va de 15,89 € à 36,16 € par jour. Et un vendeur de marchandises peut facturer 15 000 € par an sans ouvrir aucun droit. Le mécanisme général des indemnités journalières est détaillé sur notre page indemnités journalières des indépendants ; ce qui suit ne traite que du cas micro.
La table : de votre chiffre d'affaires à votre indemnité
Voici le calcul complet, pour un chiffre d'affaires stable sur les trois dernières années civiles. Le revenu retenu est le chiffre d'affaires après abattement ; l'indemnité est ce revenu divisé par 730, plafonnée à 65,84 € et ramenée à zéro sous 4 582 €.
| Chiffre d'affaires annuel | Vente de marchandises abattement 71 % |
Prestations de services BIC abattement 50 % |
Activité libérale BNC abattement 34 % |
|---|---|---|---|
| 10 000 € | Revenu retenu 2 900 € 0 €/jour — sous le seuil |
Revenu retenu 5 000 € 6,85 €/jour |
Revenu retenu 6 600 € 9,04 €/jour |
| 20 000 € | Revenu retenu 5 800 € 7,95 €/jour |
Revenu retenu 10 000 € 13,70 €/jour |
Revenu retenu 13 200 € 18,08 €/jour |
| 40 000 € | Revenu retenu 11 600 € 15,89 €/jour |
Revenu retenu 20 000 € 27,40 €/jour |
Revenu retenu 26 400 € 36,16 €/jour |
| 60 000 € | Revenu retenu 17 400 € 23,84 €/jour |
Revenu retenu 30 000 € 41,10 €/jour |
Revenu retenu 39 600 € 54,25 €/jour |
| CA minimum pour toucher une indemnité | 15 800 € | 9 164 € | 6 943 € |
Ce que montre le tableau :
- La colonne « vente » est celle qui décroche. Avec 71 % d'abattement, il faut 15 800 € de chiffre d'affaires pour sortir du zéro, et 40 000 € de ventes ne donnent que 15,89 €/jour — soit 476,70 € pour un mois complet d'arrêt. C'est le cas typique du commerçant en ligne ou du revendeur sur marché.
- Le prestataire de services BIC ne peut jamais atteindre le plafond. Le seuil de sortie du régime micro est fixé à 83 600 € de chiffre d'affaires pour les prestations de services sur la période 2026-2028. Après abattement de 50 %, le revenu retenu maximal est de 41 800 €, soit 57,26 €/jour. Un artisan taxi, un coiffeur à domicile ou un plombier en micro n'atteindront donc jamais les 65,84 €, quel que soit leur volume d'affaires.
- Le BNC est la catégorie la moins pénalisée, avec 66 % du chiffre d'affaires retenus. Le plafond de 65,84 €/jour y devient accessible à partir d'environ 72 800 € de recettes annuelles — c'est-à-dire tout en haut de la fourchette du statut.
Une nuance qui pèse plus qu'on ne croit : le revenu retenu est une moyenne sur trois années civiles. Une première année de démarrage à faible chiffre d'affaires reste dans le calcul pendant trois ans, et une année blanche fait mécaniquement chuter l'indemnité de l'année suivante. Un micro-entrepreneur qui vient de doubler son activité est indemnisé sur son passé, pas sur son présent.
Carence et démarches : trois jours, puis 48 heures
Le délai de carence est de trois jours. Ameli.fr écrit qu'aucune indemnité n'est versée pendant les trois premiers jours de l'arrêt et que les indemnités sont dues à compter du 4e jour, sans distinguer maladie, accident ou hospitalisation. Une partie des sites spécialisés publie encore « 7 jours en cas de maladie, 3 en cas d'hospitalisation » : c'était l'ancienne règle des artisans et commerçants, elle ne correspond plus à ce qu'applique l'Assurance maladie. Si votre arrêt est lié à une affection de longue durée, la carence n'est retenue que pour le premier arrêt, sur une période de trois ans. Le fonctionnement général de ce mécanisme, et la différence avec la franchise d'un contrat privé, sont expliqués sur notre page franchise et délai de carence.
Les démarches tiennent en quatre points, et le premier est le seul vraiment sanctionné.
- 48 heures pour transmettre l'arrêt. Vous disposez de 48 heures maximum pour compléter et envoyer les volets 1 et 2 de l'avis d'arrêt de travail au service médical de votre caisse d'assurance maladie, quelle que soit la durée prescrite. Un envoi tardif expose à une réduction des indemnités.
- Interrompre réellement l'activité. L'arrêt de travail suppose la cessation effective de l'activité professionnelle. Continuer à facturer pendant un arrêt indemnisé expose à la suspension des indemnités et à leur restitution.
- Respecter les heures de sortie fixées par le médecin — pas de sortie, sorties limitées à certaines plages, ou sorties libres.
- Attendre le rythme de versement. La caisse verse les indemnités journalières tous les 14 jours en moyenne : comptez plusieurs semaines entre le premier jour d'arrêt et le premier virement. C'est souvent ce délai, plus que le montant, qui met une trésorerie de micro-entreprise en difficulté.
Ces règles sont celles de la Sécurité sociale des indépendants, dont relève l'auto-entrepreneur au même titre que l'artisan ou le commerçant au réel. Les professions libérales réglementées suivent un autre calendrier, décrit sur notre page arrêt de travail en profession libérale.
Étape suivante
Savoir ce que vous toucheriez, à l'euro près
Nous reprenons vos trois dernières déclarations de chiffre d'affaires, appliquons votre abattement et calculons votre indemnité réelle — puis le trou à combler, s'il y en a un. Étude écrite, gratuite.
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Le seuil sous lequel vous ne touchez rien
4 582 €. C'est le revenu d'activité annuel moyen en dessous duquel l'indemnité journalière d'un travailleur indépendant est égale à 0 € pour un arrêt commençant en 2026. Le seuil correspond à 10 % de la moyenne des plafonds annuels de la Sécurité sociale des trois années considérées. Juste au-dessus, l'indemnité n'est que de 6,28 €/jour.
Ce seuil est souvent mal compris, parce qu'il est exprimé en revenu retenu alors que le micro-entrepreneur raisonne en chiffre d'affaires. Traduit dans sa langue, il donne : 15 800 € de ventes, 9 164 € de prestations de services BIC, 6 943 € de recettes libérales. En dessous, vous cotisez, vous êtes affilié, vous êtes en règle — et vous n'êtes pas indemnisé.
Il n'y a pas de rattrapage possible : le régime des indépendants ne prévoit aucune indemnité minimale. La comparaison caisse par caisse figure dans le baromètre des indemnités journalières des indépendants.
Exemple : Léa, 31 ans, graphiste en micro-BNC
Léa est graphiste indépendante depuis quatre ans, en micro-entreprise BNC. Elle facture régulièrement 30 000 € par an, soit 2 500 € de chiffre d'affaires par mois. Après ses cotisations sociales au taux de 25,6 % applicable depuis le 1er janvier 2026 aux micro-entrepreneurs BNC relevant de la SSI — c'est le cas d'une graphiste ; ceux qui relèvent de la CIPAV cotisent à 23,2 % —, il lui reste environ 1 860 € par mois avant impôt pour vivre et payer son matériel.
Le 1er octobre, une opération du poignet l'arrête deux mois, soit 61 jours.
Ce que la Sécurité sociale retient :
- Revenu d'activité annuel moyen : 30 000 € − 34 % d'abattement = 19 800 €.
- Indemnité journalière : 19 800 ÷ 730 = 27,12 €/jour bruts — très loin des 65,84 € de plafond.
- Trois jours de carence, puis 58 jours indemnisés : 58 × 27,12 = 1 572,96 € pour les deux mois.
Ce qu'elle aurait encaissé sans l'arrêt : 5 000 € de chiffre d'affaires, soit environ 3 720 € après cotisations. L'indemnité couvre donc 42 % de son revenu habituel, et le manque à gagner s'établit à 2 147 € sur deux mois — avant même de compter son loyer professionnel, son abonnement logiciel et sa mutuelle, qui, eux, continuent de courir.
Si Léa relevait des prestations de services BIC — une activité commerciale ou artisanale de service, comme la reprographie ou l'impression à façon pour des clients —, son revenu retenu serait de 15 000 € et son indemnité de 20,55 €/jour, soit 1 191,90 € pour le même arrêt. La catégorie fiscale, choisie souvent sans y penser à la création, vaut ici 381 € sur deux mois d'arrêt.
Au-delà de trois mois d'arrêt, la question change de nature : c'est celle traitée sur notre page que se passe-t-il après 90 jours d'arrêt.
Quand une prévoyance privée n'est pas prioritaire
Dans plusieurs situations fréquentes chez les auto-entrepreneurs, couvrir ce trou n'est pas la priorité.
- Vous êtes salarié par ailleurs. C'est un cas fréquent. Un salarié qui exerce une micro-activité en complément perçoit, pour son arrêt de travail, les indemnités journalières de son emploi salarié, souvent complétées par le maintien de salaire de sa convention collective. Sa micro-activité peut ouvrir un droit distinct, calculé séparément sur son revenu retenu — sous réserve des 12 mois d'affiliation et du seuil de 4 582 € —, mais ce droit est sans commune mesure avec l'indemnisation de l'emploi salarié. Souscrire un contrat individuel pour protéger l'activité accessoire revient à assurer la plus petite moitié du revenu.
- Votre chiffre d'affaires est sous le seuil. Sous 15 800 € en vente ou 9 164 € en services BIC, votre indemnité est nulle : le trou est total. Mais un revenu de cet ordre n'absorbe pas une prime de prévoyance sans déséquilibrer le budget. Dans ce cas, la priorité est de faire grandir l'activité ou d'ouvrir une épargne de précaution mobilisable, pas de payer une cotisation mensuelle.
- L'activité est un complément de retraite ou d'étude. Si votre micro-entreprise finance des dépenses ajustables et non des charges fixes, un arrêt de deux mois se gère sur le budget du foyer.
- Vous n'avez pas encore 12 mois d'affiliation. Vous n'ouvrez alors aucun droit à indemnités journalières du régime — mais un contrat privé souscrit dans l'urgence comporte lui aussi des délais d'attente. Le bon réflexe est de vérifier d'abord la couverture santé : notre page mutuelle santé de l'auto-entrepreneur traite ce sujet, qui est celui du remboursement des soins, pas du revenu.
Ce raisonnement suppose une épargne réellement mobilisable en trois mois, et une absence de charges fixes professionnelles. Dès qu'il y a un local, un crédit de matériel ou une personne à charge, la conclusion s'inverse — et le calcul se fait sur le reste à vivre en arrêt de travail, pas sur l'indemnité brute. Le cadre du statut, cotisations et droits compris, est détaillé sur notre page prévoyance de l'auto-entrepreneur.
Questions fréquentes
Ai-je droit à un arrêt maladie en auto-entreprise ?
Oui, si vous justifiez d'au moins 12 mois d'affiliation continue au titre de votre activité indépendante. L'auto-entrepreneur relève de la Sécurité sociale des indépendants gérée par la CPAM : il perçoit des indemnités journalières maladie à partir du 4e jour d'arrêt, après un délai de carence de 3 jours. Mais le droit ouvert n'est pas un droit servi : si votre revenu d'activité annuel moyen des trois dernières années civiles est inférieur à 4 582 € pour un arrêt commençant en 2026, l'indemnité journalière est égale à 0 €. Beaucoup de micro-entrepreneurs sont dans ce cas sans le savoir, parce que le revenu retenu n'est pas leur chiffre d'affaires mais leur chiffre d'affaires après abattement forfaitaire.
Combien vais-je toucher en arrêt maladie en tant qu'auto-entrepreneur ?
L'indemnité journalière est égale à 1/730e de votre revenu d'activité annuel moyen, c'est-à-dire de la moyenne de vos revenus cotisés des trois années civiles précédant l'arrêt. Pour un auto-entrepreneur, ce revenu est le chiffre d'affaires annuel diminué de l'abattement forfaitaire : 71 % pour la vente de marchandises, 50 % pour les prestations de services BIC, 34 % pour les activités libérales en BNC. Concrètement, 40 000 € de chiffre d'affaires donnent 15,89 €/jour en vente, 27,40 €/jour en services BIC et 36,16 €/jour en BNC. Le plafond absolu est de 65,84 € bruts par jour en 2026, soit 1/730e du plafond annuel de la Sécurité sociale de 48 060 €.
Un arrêt long est-il couvert en auto-entreprise ?
Partiellement. Les indemnités journalières maladie sont servies dans la limite de 360 jours indemnisés sur une période glissante de trois ans, et jusqu'à trois ans par affection en cas d'affection de longue durée. La limite n'est donc pas la durée, elle est le montant : au-delà de quelques mois, un micro-entrepreneur qui perçoit 20 ou 30 € par jour n'a plus de quoi financer ses charges courantes. Au-delà des indemnités journalières, le relais est la pension d'invalidité du régime, qui suppose une incapacité reconnue et se calcule elle aussi sur le revenu abattu. C'est sur les arrêts longs que le trou de couverture du statut micro devient une question de budget familial, pas une question d'assurance.
Vous ne savez pas dans quelle catégorie d’abattement vous êtes ? Envoyez-nous vos trois dernières déclarations de chiffre d’affaires : la réponse est gratuite, même si vous ne souscrivez rien.
Être rappelé par un courtier0 € d’indemnité sous 4 582 € de revenu retenu : est-ce votre cas ?
Nous appliquons votre abattement à vos chiffres réels, nous vous disons ce que vous toucheriez au jour près — et nous vous disons aussi quand il ne faut rien souscrire, notamment si vous êtes salarié par ailleurs.
Courtier indépendant, ORIAS n° 26004449 — étude gratuite, sans engagement, réponse sous 24 h ouvrées.
Pour aller plus loin
- Arrêt de travail des indépendants : le guide
- Prévoyance de l'auto-entrepreneur
- Indemnités journalières des indépendants
Sources
- ameli.fr — arrêt de travail pour maladie : les indemnités journalières de l'artisan/commerçant (12 mois d'affiliation, carence de 3 jours, 1/730e du revenu annuel moyen, plafond 48 060 €, IJ maximale 65,84 €, IJ nulle sous 4 582 €, revenu du micro-entrepreneur = CA après abattement de 71 %, 50 % ou 34 %) — consulté en août 2026.
- ameli.fr — arrêt maladie : les démarches du travailleur indépendant (48 heures pour envoyer les volets 1 et 2, heures de sortie, versement tous les 14 jours) — consulté en août 2026.
- autoentrepreneur.urssaf.fr — 2026 : modification des seuils de chiffre d'affaires (203 100 € en vente, 83 600 € en prestations de services pour 2026-2028) — consulté en août 2026.
- autoentrepreneur.urssaf.fr — taux de cotisations des auto-entrepreneurs au 1er janvier 2026 — consulté en août 2026 ; service-public.gouv.fr — taux 2026 : 12,3 % en vente, 21,2 % en prestations de services BIC, 25,6 % en BNC relevant de la SSI, 23,2 % en BNC relevant de la CIPAV — consulté en septembre 2026.
- Prevoya — méthodologie de vérification des barèmes et données ouvertes
/data/caisses.json(régime SSI, millésime 2026).