Retraite des indépendants

Se remarier après un veuvage : quatre régimes, quatre sorts pour votre pension

Courtier en assurances ORIAS n° 26004449 Mis à jour le

Se remarier ne coûte pas la même chose selon la caisse de votre conjoint décédé, et c'est la seule réponse honnête à cette question. Trois régimes suppriment la réversion complémentaire à vie — CARMF, CARCDSF, CNBF ; seule la PCV de la CARCDSF revient si le nouveau mariage est dissous. Six la suspendent et la rétablissent si le nouveau mariage prend fin. Trois maintiennent le droit : la CAVP en répartition et le RCI des artisans et commerçants n'en tiennent aucun compte, et le régime de base de tous les libéraux conserve le droit — mais pas forcément le montant. Deux ne publient rien. La base réserve en effet une mauvaise surprise : elle ne supprime jamais le droit, mais fait basculer le plafond de ressources de 25 001,60 € à 40 002,56 € pour le ménage — sauf si votre pension est déjà cristallisée.

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La réponse tient en quatre lignes — mais il faut savoir dans laquelle vous êtes

Il n'existe pas de règle française du remariage. Il existe quatorze règles, écrites caisse par caisse — celles des onze caisses de professions libérales, du RCI des artisans et commerçants, de la complémentaire des exploitants agricoles (MSA) et du régime de base des libéraux —, qui se rangent en quatre familles. Le tableau ci-dessous est ce classement : la première chose à faire est d'y trouver le régime de votre conjoint décédé, avant toute autre considération.

Effet du remariage sur la pension de réversion, régime par régime (2026)
Sort de la pension Régime Ce qui se passe concrètement
Suppression définitive
3 régimes
CARMF Médecins Complémentaire et ASV supprimées. Aucun retour possible.
CARCDSF Dentistes, sages-femmes Suppression — mais la PCV est rétablie si le remariage est dissous.
CNBF Avocats Suppression. Aucun retour possible.
Suspension rétablissable
6 régimes
CPRN Notaires Versement arrêté, rétabli en cas de nouveau veuvage ou de divorce.
CAVOM Officiers ministériels Suspension rétablissable.
CARPIMKO Auxiliaires médicaux Suspension rétablissable.
CARPV Vétérinaires Suspension rétablissable.
CAVEC Experts-comptables, CAC Divergence : « suspension » au Guide CNAVPL 2026, « perte » au guide de la caisse.
CIPAV Libéraux non réglementés Divergence : « suspension » au Guide CNAVPL 2026, « supprimé » sur le site de la caisse.
Droit maintenu
3 régimes
CAVP — répartition Pharmaciens Aucun effet. Verbatim de la caisse : « la pension du conjoint survivant n'est pas suspendue ».
RCI Artisans, commerçants Aucun effet : le remariage n'a aucune incidence sur le droit.
Régime de base Tous les libéraux Droit maintenu, montant révisable : les ressources du nouveau ménage entrent dans le contrôle et peuvent ramener la pension à zéro (voir ci-dessous).
Non publié
2 régimes
CAVAMAC Agents généraux d'assurance Aucune clause trouvée au Guide CNAVPL 2026 ni sur le site de la caisse.
MSA — RCO Exploitants agricoles Règle non publiée. Nous ne la supposons pas à sa place.

Deux cas particuliers complètent la grille. Le régime par capitalisation de la CAVP est hors sujet : le bénéficiaire y est désigné au moment de la liquidation et figé, donc le remariage du survivant n'a rien à modifier. Et beaucoup de veufs et de veuves d'indépendants relèvent aussi de l'Agirc-Arrco, au titre d'une carrière salariée antérieure : là, le remariage entraîne la perte définitive de l'allocation de réversion. Il faut donc examiner tous les étages, pas seulement celui de la caisse libérale.

La base : le droit survit, mais le montant peut tomber à zéro

C'est la partie la plus mal comprise du sujet, y compris par des conseillers. Le remariage ne supprime jamais la réversion de la retraite de base — ni pour un libéral, ni pour un artisan, ni pour un salarié. Le droit reste ouvert. Mais la base est le seul étage soumis à une condition de ressources, et le remariage change le périmètre de cette condition.

Avant : vos ressources personnelles, comparées au plafond « personne seule » de 25 001,60 €/an. Après : les ressources du ménage, comparées au plafond « couple » de 40 002,56 €/an. Le plafond monte de 60 %, mais les ressources d'un conjoint entier s'y ajoutent : dans la majorité des cas, l'arithmétique est défavorable.

Deux détails décident du résultat, et ils sont contre-intuitifs.

  • L'abattement de 30 % ne vise que les revenus d'activité. Si votre futur conjoint travaille encore, son salaire ne compte que pour 70 %. S'il est retraité, sa pension compte pour 100 %. Épouser un retraité pèse donc plus lourd, à revenu égal, qu'épouser un actif.
  • Le maximum de la réversion de base est de 12 976,20 €/an. Ce que vous risquez de perdre par dépassement du plafond est donc borné — c'est rarement la partie la plus lourde de votre pension.

La cristallisation : une interaction peu connue. La réversion de base n'est pas révisable indéfiniment. Elle cesse de l'être trois mois après le point de départ de l'ensemble de vos avantages personnels de retraite. Une fois toutes vos propres pensions liquidées et ce délai écoulé, le montant est figé : ni une hausse ni une baisse ultérieure de vos ressources ne le modifient. Conséquence directe sur notre sujet : un remariage postérieur à la cristallisation ne change plus rien à la base. Le même mariage, célébré deux ans plus tôt, aurait pu ramener la pension à zéro. La règle des complémentaires, elle, ignore totalement la cristallisation : une suppression CARMF ou CNBF s'applique quelle que soit la date.

Suppression ou suspension : ce que « rétablissable » veut dire concrètement

Suspension : le versement s'arrête le temps du nouveau mariage, et reprend si celui-ci prend fin — par divorce comme par un nouveau veuvage. Vous perdez des annuités, vous ne perdez pas le droit. Suppression : le droit lui-même s'éteint. Un remariage de huit mois suivi d'un divorce ne le ressuscite pas.

La CARCDSF occupe une position intermédiaire qu'il faut connaître ligne à ligne, parce qu'elle change le chiffrage : la suppression est la règle, mais la prestation complémentaire vieillesse est rétablie si le remariage est dissous. Une veuve de chirurgien-dentiste ne perd donc pas exactement la même chose qu'une veuve d'avocat.

Deux zones à faire écrire avant de décider. Pour la CAVEC et la CIPAV, le Guide CNAVPL 2026 décrit une suspension, tandis que les documents publiés par les caisses elles-mêmes parlent de « perte » et de pension « supprimée ». La différence, dans un dossier réel, se chiffre en dizaines de milliers d'euros. Elle ne se tranche pas depuis une page web : elle se tranche par une réponse écrite de la caisse, demandée avant le mariage. Même méthode pour la CAVAMAC et la MSA, qui ne publient rien : l'absence de règle publiée n'est pas une absence de règle.

Un dernier point d'attention : le principe du rétablissement est documenté, ses modalités ne le sont pas. Le Guide CNAVPL ne précise ni le point de départ de la reprise, ni les pièces à fournir. C'est la deuxième question à poser par écrit, dans la même lettre.

Étape suivante

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PACS, concubinage, ex-conjoints : les cas de famille recomposée

Le PACS ne supprime rien, nulle part. Aucun régime obligatoire français ne suspend une réversion au motif que le bénéficiaire s'est pacsé, parce que le PACS n'est pas un mariage. Le concubinage non plus. Vous conservez l'intégralité de votre pension, base et complémentaire.

La contrepartie est exactement symétrique, et elle est sévère : le PACS ne crée aucun droit pour votre nouveau partenaire. S'il vous survit, il ne percevra rien au titre de vos propres retraites — aucune ancienneté, aucun enfant commun n'y change quoi que ce soit. Le PACS protège la pension que vous avez ; il ne protège pas la personne avec qui vous vivez. Seule une garantie décès avec rente de conjoint le fait, en le désignant nommément.

Les ex-conjoints obéissent à une troisième logique. Sur la retraite de base, la réversion est partagée entre le conjoint survivant et les ex-conjoints divorcés au prorata de la durée respective de chaque mariage, et cette part reste due à l'ex-conjoint même remarié. Sur les complémentaires, la plupart des caisses réservent au contraire leur réversion aux ex-conjoints non remariés. D'où un effet inattendu : le remariage d'un ex-conjoint peut faire augmenter la part des autres bénéficiaires — le règlement du RCI documente expressément ce report. Autrement dit, un remariage dans une famille recomposée ne fait pas que retirer : il redistribue.

Trois caisses sur quatorze suppriment la réversion complémentaire à vie

Le chiffre clé

3 régimes sur 14 — CARMF, CARCDSF, CNBF — suppriment la réversion complémentaire sans retour possible — seule la PCV de la CARCDSF, un étage distinct, est rétablie si le remariage est dissous. Six la suspendent, trois maintiennent le droit (dont la base, qui peut toutefois en réduire le montant), deux ne publient rien. Autrement dit : dans neuf régimes sur quatorze, se remarier ne fait pas perdre définitivement le droit à réversion. La crainte est légitime dans trois cas, à faire préciser par écrit dans deux, infondée ou réversible dans les autres — et personne ne peut vous dire lequel sans regarder d'abord le nom de la caisse.

Martine, 63 ans, veuve d'un chirurgien-dentiste, veut épouser Bernard

Martine a 63 ans. Son mari, chirurgien-dentiste affilié à la CARCDSF, est décédé après avoir liquidé sa retraite. Elle a liquidé ses propres droits à 62 ans et perçoit aujourd'hui trois pensions de réversion. Elle envisage d'épouser Bernard, retraité, qui perçoit 2 800 €/mois, soit 33 600 €/an. Les montants de pension ci-dessous sont une hypothèse de travail ; les règles, elles, sont celles de 2026.

  • Aujourd'hui — la base. Pension de base du défunt : 18 000 €/an, réversion à 54 % = 9 720 €/an, soit 810 €/mois. Ses ressources propres, 9 600 €/an de retraite personnelle, la laissent très en dessous du plafond « personne seule » de 25 001,60 € : elle touche l'intégralité.
  • Aujourd'hui — la complémentaire et la PCV. Complémentaire du défunt 21 600 €/an et PCV 6 000 €/an, réversion à 60 % dans les deux cas = 16 560 €/an. La réversion CARCDSF s'ouvrant à 65 ans, Martine l'a anticipée à 63 ans — possibilité et décote telles que publiées par la caisse et reprises au Guide CNAVPL 2026, à faire confirmer par la CARCDSF sur votre dossier : décote de 1,25 % par trimestre × 8 trimestres = 10 %, soit 14 904 €/an ou 1 242 €/mois.
  • Total actuel : 2 052 €/mois.

Voici ce que le mariage avec Bernard déclenche, ligne par ligne.

  • Complémentaire CARCDSF : supprimée. Définitivement. Elle ne reviendra pas, même en cas de divorce.
  • PCV : supprimée, mais rétablissable. Le versement cesse ; il reprend si le remariage est dissous. C'est la nuance propre à cette caisse.
  • Base : cela dépend d'une date. Ressources du ménage : 9 600 + 33 600 = 43 200 €/an, sans abattement puisque la pension de Bernard n'est pas un revenu d'activité. Le plafond de couple étant de 40 002,56 €, le dépassement est de 3 197,44 € et la réversion de base tomberait à zéro. Mais Martine a liquidé toutes ses retraites à 62 ans : sa pension est cristallisée depuis 62 ans et 3 mois. Le remariage lui étant postérieur, la base n'est plus révisable : ses 810 €/mois sont conservés.

Le solde. Martine passe de 2 052 € à 810 €/mois : elle perd 1 242 €/mois, soit 14 904 €/an — près de 149 000 € sur dix ans à euros constants. Et si elle s'était remariée avant sa cristallisation, elle serait tombée à zéro : 2 052 €/mois, 24 624 €/an. Le même mariage, deux ans plus tôt, coûtait 65 % de plus.

L'alternative chiffrée. Un PACS avec Bernard ne suspend aucune de ces trois pensions : Martine conserve ses 2 052 €/mois entiers, soit 14 904 €/an de plus que mariée. En regard, le PACS ne donnerait à Bernard aucun droit à réversion sur les retraites de Martine. La décision se ramène donc à une question nette : ces 14 904 €/an achètent-ils quelque chose que le PACS ne donne pas — protection successorale, statut, conviction personnelle ? C'est à Martine d'y répondre, pas à sa caisse. Sur le plan successoral, l'écart est réel : l'époux survivant est héritier légal, alors que le partenaire pacsé n'hérite de rien sans testament (il est en revanche, comme l'époux, exonéré de droits de succession).

On ne renonce pas à refaire sa vie pour une pension

Soyons clairs : aucun de ces chiffres n'est une raison de ne pas se remarier. Un conseiller qui transforme un classement de caisses en argument matrimonial fait un mauvais métier. Ce qui est fautif, ce n'est pas de se remarier — c'est de le faire sans avoir chiffré, puis de découvrir la suppression au premier virement manquant.

La méthode, en trois étapes. Un : identifier la caisse et la ligne du tableau ci-dessus. Deux : demander à la caisse un écrit, surtout si vous relevez de la CAVEC, de la CIPAV, de la CAVAMAC ou de la MSA. Trois : vérifier si votre pension de base est déjà cristallisée, ce qui neutralise à lui seul tout l'effet ressources.

Reste une piste, à examiner froidement. Une rente de conjoint souscrite à titre privé ne dépend pas des statuts d'une caisse mais d'une clause bénéficiaire contractuelle : selon la rédaction, elle peut être insensible au remariage du bénéficiaire. Quand elle l'est, elle rend au survivant la liberté de choisir sa vie sans arbitrer contre son revenu. Deux réserves, également importantes. Cette rente s'organise du vivant de l'assuré : elle ne répare pas rétroactivement une réversion déjà supprimée. Et toutes les rédactions ne se valent pas — exigez par écrit la réponse à la question « la rente cesse-t-elle en cas de remariage ? » avant de souscrire, pas après. Une garantie censée compenser une suppression, mais qui s'éteint dans les mêmes circonstances, ne sert à rien.

Questions fréquentes

Vais-je perdre ma réversion si je me remarie ?

Cela dépend entièrement de la caisse de votre conjoint décédé, et il existe quatre réponses. Suppression définitive : la CARMF, la CARCDSF et la CNBF arrêtent la réversion complémentaire sans retour possible — la CARCDSF rétablit toutefois la seule prestation complémentaire vieillesse si le nouveau mariage est dissous. Suspension rétablissable : la CPRN, la CAVOM, la CARPIMKO, la CARPV, la CAVEC et la CIPAV arrêtent le versement pendant le nouveau mariage et le reprennent si celui-ci prend fin. Droit maintenu : la CAVP en répartition et le régime complémentaire des indépendants des artisans et commerçants n'en tiennent aucun compte ; le régime de base de toutes les professions libérales maintient le droit, mais les ressources du nouveau ménage peuvent en réduire le montant, jusqu'à zéro. Non publié : la CAVAMAC et la retraite complémentaire obligatoire de la MSA n'écrivent nulle part ce qu'elles font. Attention, pour la CAVEC et la CIPAV, le Guide CNAVPL 2026 décrit une suspension quand les documents des caisses parlent d'une perte : dans ces deux cas, exigez un écrit de la caisse avant de décider quoi que ce soit.

Et si je me pacse au lieu de me remarier ?

Rien ne change. Le PACS n'est pas un mariage : aucun régime obligatoire français ne suspend ni ne supprime une pension de réversion au motif que le bénéficiaire s'est pacsé, et le concubinage n'a pas davantage d'effet. Vous conservez donc l'intégralité de votre réversion, de base comme complémentaire. La contrepartie est symétrique et elle est lourde : le PACS ne crée aucun droit à réversion pour votre nouveau partenaire. S'il vous survit, il ne touchera rien au titre de vos propres retraites, quelle que soit l'ancienneté du PACS et même en présence d'enfants communs. Seuls le mariage, ou un contrat de prévoyance privé qui le désigne nommément comme bénéficiaire, le protègent.

Le remariage de l'ex-conjoint de mon défunt mari change-t-il ma part ?

Sur la retraite de base, non : la réversion est partagée entre le conjoint survivant et les ex-conjoints divorcés au prorata de la durée respective de chaque mariage, et cette part reste due à l'ex-conjoint même s'il s'est remarié. Le partage est figé par les durées, pas par la situation matrimoniale du moment. Sur les régimes complémentaires, la logique est différente : la plupart des caisses réservent leur réversion aux ex-conjoints non remariés, si bien que le remariage de l'un d'eux peut accroître la part des autres bénéficiaires. Le règlement du régime complémentaire des indépendants, celui des artisans et commerçants, documente expressément ce mécanisme. Comme chaque caisse écrit ses statuts, la seule réponse fiable pour un dossier réel est celle de la caisse concernée.

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Faire chiffrer mon remariage

Trois caisses sur quatorze suppriment à vie : dans laquelle êtes-vous ?

Nous reprenons votre caisse, vos pensions réelles et les revenus du futur ménage, et nous écrivons ce qui disparaît, ce qui survit, ce qui reviendrait après un divorce — et si votre base est déjà cristallisée. Nous vous disons aussi quand il n'y a rien à souscrire.

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Pour aller plus loin

Yacine Sahnoune, courtier en assurances et fondateur de Prevoya

L’auteur de cette page

Yacine Sahnoune

Courtier en assurances · Fondateur de Prevoya (WeSave SAS) · Directeur de la publication

Il rédige et vérifie l’ensemble des contenus de ce site. Il conseille les indépendants et les dirigeants sur leur prévoyance, leur mutuelle et leur assurance de prêt, à partir des barèmes des treize caisses obligatoires.

Sources